jeudi 21 avril 2011

"Je peux résister à tout, sauf à la tentation."

L’Eventail de Lady Windermere d’Oscar Wilde.
(Scarlett Johansson dans le rôle de Lady Windermere dans le film de Mike Barker, 2004)



Tiré de la collection La Pochothèque, Oeuvre intégrale de Wilde.

Après Salomé, voici que je me plonge dans une des comédies les plus célèbres d’Oscar Wilde : L’éventail de Lady Windermere. Le changement de registre est radical mais le plaisir éprouvé reste le même. Wilde est un vrai touche-à-tout et nous livre ici une comédie sociale croustillante qui prend son essor à travers un énorme malentendu qui va bouleverser toute la pièce.



En effet, Lady Windermere, jeune épouse , pense que son mari, Lord Windermere, éminent membre de l’aristocratie anglaise, a une aventure avec une courtisane dénommée Mrs Erlynne. C’est alors que l’intrigue se focalise sur le passé mystérieux de cette femme de mauvaise vie et prend une tournure inattendue !
L’effet de surprise est porté par une construction judicieuse. Le dernier acte révèlera le fin mot de l’affaire et confirmera nos soupçons. L’angoisse de la révélation est omniprésente, ajoutant une atmosphère électrique à la pièce.

L’Eventail de Lady Windermere est surtout une puissante satire de la haute société londonienne de la fin du XIXème siècle, qui s’enferme dans une décadence morale toujours plus profonde. Les sombres histoires de tromperies infâmes au sein même des familles les plus respectables apportent un doux parfum de scandale qui ne cesse d’aromatiser les conversations. Les langues se délient et les réputations s’affaissent. Les nobles gens s’amusent d’une manière hypocrite et n’ont point de scrupule à pointer du doigts les pêchés des uns pour mieux camoufler les leurs. Dans ce tourbillon de débauche sous-jacente, Wilde s’ancre en plein dans la question de la moralité et du pêché, sont-ils si dissociables l’un de l’autre ? A ce propos, Lady Windermere, ballotée par des sentiments fâcheux pour son mariage, ouvrira les yeux sur la véritable nature du monde : « Il n’y a qu’un monde pour nous tous. Le bien et le mal, le pêché et l’innocence y vont et viennent en se tenant par la main. »

Juste pour le plaisir : Lord Darlington, infatiguable dandy hédoniste à l’image de Lord Henry Wotton dans Le portrait de Dorian Gray, apporte ici une des nombreuses réparties croustillantes de cette pièce: « [...] j’ai peur que les gens honnêtes ne fassent beaucoup de mal en ce monde. A coup sûr, le plus grand mal qu’ils font, c’est de donner une importance extraordinaire à ce qui est mauvais. Il est absurde de diviser les gens en honnêtes et malhonnêtes. Les gens sont charmants ou ennuyeux. Je me range du côté des gens charmants [...] ».

Une comédie wildienne à savourer, sans modération !

1 commentaire:

  1. Cette oeuvre-là me tente beaucoup, peut-être plus que Salomé! Je compte bien la lire!

    RépondreSupprimer