vendredi 31 décembre 2010

Etincelles artistiques...

L’Oeuvre d’ Emile Zola.

Editions Le Livre de Poche, 09/2008, 520 pages.

Résumé : « L’Oeuvre dit la tragédie d’un homme, Claude Lantier, tempérament romantique hanté par des rêves d’absolu, le désir de « tout voir et tout peibdre. Des fresques hautes comme le Panthéon ! Une sacrée suite de toiles à faire éclater le Louvre ! ». Mais, devant l’incompréhension de l’époque, l’absolu du rêve deviendra celui de la détresse, et Claude, qui a commencé comme Manet, aura la même fin que Van Gogh. »

Mon avis : Zola, l’écrivain. Zola, le critique d’art. Voilà une nouvelle facette de ce génie du XIXème siècle qui, non content d’avoir participé à un important mouvement littéraire, s’est également entouré de toute une bande d’artistes avant-gardistes qui formeront cette école tant décriée par les puritains de l’art romantique : les impressionnistes (Cézanne, Monet, Manet, Renoir...). C’est cette lutte entre deux écoles artistiques à l’esthétiques radicalement différentes, l’une étant l’antithèse exacte de l’autre, qui est narrée dans L’Oeuvre, où Zola, par le biais de son protagoniste Claude Lantier (fils de Gervaise et de Lantier dans L’Assommoir) trace le destin tourmenté du nouveau courant artistique flamboyant du naturalisme et de l’impressionnisme qui se pose en contre-pied de la peinture académique aux dorures classiques et romantiques qui fait figure d’autorité et d’art absolu dans ce siècle en ébullition.

Une nouvelle tragédie à laquelle nous convie Zola. Claude Lantier –peintre désespéré par son génie qui peine à s’exprimer pleinement dans ses toiles et qui, sans cesse, tombe dans la misère de l’incapacité à procréer une oeuvre magistrale, qui ferait office de chef d’oeuvre absolu en cette fin de siècle- s’affiche, par ses choix esthétiques et ses théories artistiques novatrices, comme le meneur de troupe de ce courant révolutionnaire du pleinairisme qui va alors faire scandale au Salon où le jury (composé essentiellement d’artistes de la vieille école) refusera catégoriquement chacune de ses oeuvres décadentes, marginales et écoeurantes par leur trop plein de couleur, leur spontanéité bondissante, leur procédé de peinture grossier, qui entre en conflit avec l’idéal classique de l’Institut des Arts, qui fait office d’étendard inviolable de la peinture et de la sculpture. Cette injustice va devenir le combat incessant et exténuant d’un groupe d’artistes aux idées naturalistes tels que Sandoz, un écrivain qui a l’ambitieux projet de réunir en plusieurs romans toute la société, tout le monde grouillant de Paris (double exact et parfait d’ Emile Zola) ou encore le sculpteur Mahoudeau qui va pétrir des femmes dénudées de tout enjolivure mythologique ou débordement romantique. Le combat est rude mais les impressionnistes gagneront peu à peu du terrain grâce à des relations privilégiées (le journaliste Jory notamment) mais Claude, dans son éternelle insatisfaction, hanté par les démons du romantisme qui imprégneront notamment sa dernière toile, se laisse submerger par le désespoir d’une création qui s’affaisse et qui ne fait que dévorer l’artiste.
L’art est mortel et ne se lasse pas de torturer son esclave. La perfection que recherche Claude semble inaccessible et le plonge dans un mécanisme d’autodestruction, la peinture l’obnubile, il n’a d’yeux que pour ses toiles malgré sa conscience d’un génie artistique avorté. Le chef d’oeuvre tant attendu ne parvient pas à voir le jour.

L’Oeuvre est un roman de la lutte pour la création, cette violente tempête qui gronde dans le coeur de l’artiste et qui le gangrène de l’intérieur. Les femmes peintes deviennent des amantes aux allures de succubes, qui aspirent l’essence artistique de leur créateur et le convie à une déchéance inévitable. Le mal de l’artiste, cette maladie qu’on appelle la création artistique, ou plutôt devrait-on dire la passion illusoire et proprement immatérielle que suscite ces êtres de couleur et de coups de pinceau qui capturent tout entier l’artiste et ne le relâche que dans un souffle de mort et d’insatisfaction éternelle.

Emile Zola dresse ici un manifeste du naturalisme où ses goûts et ses opinions en matière de peinture, et d’art en général, prennent sens notamment dans les choix des personnages et leurs parcours, mais aussi de manière plus « concrète » et créatrice dans les descriptions de Paris qui sont superbes, de véritables tableaux impressionnistes menés d’une plume poétique et sensuelle où la lumière du soleil est au coeur de l’attention de l’écrivain. Le pleinairisme s’exprime ici dans toute sa splendeur et Zola nous émerveille. Si les descriptions zoliennes vous découragent d’habitude, laissez vous charmer par L’Oeuvre où les choix esthétiques de l’écrivain sont criants de sincérité et nous envoûtent, à l’image d’un tableau flamboyant.

Cette oeuvre d’ Emile Zola est riche et cela prendrait des journées entières de découdre toutes ces pages au lyrisme troublant où se joue une nouvelle fois une tragédie humaine (également sur le plan de l’amour, Christine délaissée par Claude, son époux, qui n’est attiré que par ses peintures et en fait ses maîtresses). Un long cri de désespoir qui se perd dans le bouillonnement de l’art.

Du très grand Zola !

mardi 28 décembre 2010

Ave Maximus!


Une heureuse nouvelle vient de tomber dans ma boite mail et je vous en fais part, car je sais ne pas être le seul lecteur fidèle de cet auteur français talentueux: Maxime Chattam. En effet, il a crée un nouveau site officiel qui se présente sous la forme d'un blog et qu'il entretient régulièrement. Il y parle de ses projets, de sa manière de travailler, répond aux questions des lecteurs, etc... Une bonne nouvelle!

Voici l'adresse: http://www.maximechattam.com/blog/



dimanche 26 décembre 2010

Bonnes fêtes!


Je vous souhaite, à toutes et à tous, de belles fêtes de fin d'année! J'espère que les livres vous auront, encore une fois, donné du bonheur au pied du sapin!


Je vous embrasse, à très vite !

mardi 21 décembre 2010

Le Diable dans la lande...

Les Hauts de Hurle-Vent d’ Emily Brontë.

Editions Le Livre de Poche, 06/2009, 415 pages.

Résumé: "Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l'ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, Heathcliff prépare une vengeance diabolique. Il s'approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage. La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu'au jour où la fille de Catherine aimera à son tour un être misérable et fruste."

Mon avis: S’il est un roman à lire au cœur de l’hiver, à la lueur d’une âtre vacillante, emmitouflé dans les couvertures, à l’abri des tempêtes de neige qui ébranlent l‘obscurité, il s’agit bien de Wuthering Heights, autrement célébré en français sous le titre mystérieux et non moins angoissant des Hauts de Hurle-Vent. Cet unique ouvrage d‘Emily Brontë, qui vient s’inscrire dans une esthétique romantique noire des plus exacerbées, est une merveille narrative à l’imagination débordante, où les personnages sont peints d’une manière brute et abyssale, s’inscrivant dans la lignée des inoubliables figures de la littérature anglaise.

En premier lieu, c’est l’ambiance qui se dégage des pages qui nous étreint et nous environne aussitôt. Terres vallonnées balayées par les vents et la pluie, englouties sous une épaisse couche de neige une fois l’hiver installé, couvertes de bruyères mauves au printemps. Région abrupte où le climat oscille brusquement d’un extrême à l’autre, au cœur de laquelle trône l’inquiétante demeure des Hauts qui est sans cesse fouettée par les tempêtes. C’est dans cet espace isolé du monde que vivent les Earnshaw, respectable famille bourgeoise qui va connaître un cataclysme sans précédent dès lors que le père ramènera de son excursion à Londres un jeune enfant abandonné aux allures de bohémien. Ce dernier sera appelé Heathcliff et va connaître une enfance terrible entre les mains de son demi-frère, Hindley, après la mort du père de ce dernier.
Non loin de là, à plusieurs milles des Hauts, à Thrushcross Grange, réside la famille Linton, à l’opposé de la ténébreuse demeure des Hauts, cette douce maison est environnée d’une nature belle et bienfaisante. Les deux familles vont s’unir grâce au mariage de l’instable Catherine Earnshaw (profondément attachée à Heathcliff depuis son enfance) et du beau et élégant Edgar Linton. C’est à ce moment-là que Heathcliff s’enfuit pour revenir trois ans plus tard et accomplir sa terrible vengeance sur Catherine et son entourage. La mort devient alors une présence omniprésente dans le roman et préfigure de grands malheurs qui viennent servir les manigances du cruel et non moins brutal Heathcliff. Ce personnage central est un condensé de forces maléfiques, il est à de multiples reprises comparé au Diable et ne se lasse pas d’abattre ses grandes mains sur des joues fragiles et de bouleverser de terreur son entourage.

Une galerie de personnages est ainsi soigneusement peinte par Emily Brontë qui décrit avec intelligence et profondeur les sentiments et les caractères de chacun. On retrouve ainsi le contrepoint de Heathcliff en la personne d’Edgar Linton, son rival, le mari de sa bien-aimée Catherine. Elégant, vertueux, charmant et sincère, il est l’antithèse parfaite de Heathcliff qui est rustre, agressif, violent et fourbe. La liste est longue et je m’abstiendrai d’en faire une énumération exhaustive qui serait ennuyeuse et bien trop complexe. J’ajouterais seulement que j’ai été très touché par le personnage de Hareton Earnshaw qui est peut-être l’un des seuls personnages à posséder une force d’évolution qui lui permettra de s’extirper de sa destinée à l’origine maudite.

En effet, ce roman s’apparente étroitement à une pièce tragique, la mort rôde, et le destin semble ne jamais arrêter sa folle mécanique de destruction. Les familles Earnshaw et Linton sont maudites et les générations plongent chacune dans le néant le plus absolu. La nuit est omniprésente dans ce roman et devient le temps des trahisons, des coups de sang et des visites spectrales. Emily Brontë a réussi à instiller subtilement dans son récit des apparitions fantomatiques à vous faire pâlir d’effroi et parvient ainsi à s’inscrire dans cette esthétique du romantisme noir, gothique, où les morts viennent terroriser les vivants qui ont commis des fautes et se doivent de les supporter comme une chape de plomb durant toute leur misérable existence. L’ambiance glauque et ténébreuse de ce roman vous envoûtera et vous retiendra abasourdi jusqu’à la dernière page.

Et encore tellement de choses à dire…

Histoire d’amour sinistre et envoûtante. Atmosphère nocturne pénétrante. Structure narrative parfaite. Chef d’œuvre anglais. Assurément un des classiques les plus envoûtants de ces derniers siècles. A lire d’urgence!

jeudi 16 décembre 2010

L'Homme est un loup pour l'Homme...

Blessés de Percival Everett.

Editions poche Babel, novembre 2008, 270 pages.

Résumé: Voilà des années que John Hunt, qui a maintenant atteint la quarantaine, a choisi de se détourner de la société des hommes en allant vivre dans un ranch où, aux côtés d'un oncle vieillissant, il élève des chevaux. Mais le fragile éden de ces deux hommes noirs dans le grand Ouest américain vient à se fissurer : un jeune homosexuel est retrouvé dans le désert battu à mort, un fermier indien découvre deux de ses bêtes sauvagement assassinées, et l'inscription « Nègre rouge » en lettres de sang dans la neige... C'est dans ce contexte menaçant que John s'interroge sur ses choix de vie depuis la mort tragique de sa femme, sur les silences coupables qui couvrent les agissements d'un inquiétant groupe néonazi, sur la fin imminente de l'oncle Gus, sur l'amour, enfin, qu'une jeune femme vient réveiller en lui...
Mon avis: Poignant. Percutant. Déstabilisant. Ces termes définissent ce qui m’a ébranlé au plus profond de moi lors de la lecture des derniers mots du texte. La dernière page se ferme, et un indéfinissable malaise nous étreint, une émotion forte vient nous ébranler de part en part, comme une puissance délivrée dans l’élan narratif du roman et qui explose dans un dénouement des plus tragiques. Rarement des romans auront autant soulevé un tel sentiment d’horreur, d’incompréhension et d’impuissance pour le lecteur. On est ici en présence d’un roman sur le drame de la vie dans ce qu’elle a de plus fragile, de plus éphémère et de plus terrible. L’émotion est à son comble, elle est viscérale.

Le roman se bâtit sur une intrigue croissante qui évolue dans un sens tragique, on sent poindre à chaque page le drame imminent. Les ombres de la mort hantent l’écriture de Percival Everett et rôdent inexorablement autour du ranch de John Hunt. Les menaces font signe tout le long du roman: le coyote brûlé vif, un meurtre à caractère homophobe, l’altercation entre les deux rednecks et Robert et David, du bétail massacré, du sang dans la neige… Cet ensemble prépare peu à peu le coup de théâtre final où va se jouer toute la symbolique du roman. Il est tout de même important de souligner que Blessés traite avant tout de la haine sexuelle, ici l’homophobie, plutôt que de la haine raciale. Cependant, des allusions sur le racisme sont soigneusement intercalées dans le roman et permettent de tisser une toile de fond rurale peu réjouissante comme le décrit le narrateur à Robert qui l’interroge sur les ennuis qu’il a pu rencontrés concernant sa couleur de peau dans ces régions reculées: « Evidemment petit, on est en Amérique. Il y en a, des fanatiques. (…) Par ici c’est plein d’imbéciles sans la moindre ouverture d’esprit » (p.72). Cette Amérique personnifiée par l’intolérance et la violence des haines en tous genres est reprise dans ces méditations du narrateur aux pages 47 à 48: « (…) je lus les articles concernant le meurtre de l’homosexuel. Tous [les journaux] donnaient à peu près la même version (…) la mise en cause implicite , pour ne pas dire la dénonciation ouverte, de l’intolérance maladive qui sévissait en milieu rural et dans l’Ouest en général. Je ne pus qu’approuver: cette maladie s’appelait l’Amérique. » (p.47-48)

Le roman est l’écho tragique de toutes ces haines qui s’entremêlent, et ne laisse apparaître qu’une unique issue fatale, comme un voile de pessimisme, voire de fatalisme, quant à l’existence de ce fléau qu’est l’intolérance et qui vient gangrener l’Amérique. Cette dénonciation sans détour de Percival Everett est d’autant plus forte qu’elle est sous-entendue par une écriture en apparence simple et dirigée vers l’essentiel, vers l’intérêt dramatique du récit. Mais au-delà, derrière les lignes se dégage les forces de l’implicite qui viennent donner une dimension universelle au récit. Le roman s’apparente alors à un cri déchirant, hurlement de révolte impuissant qui se perd dans le néant de la nature humaine, « l’Homme est un loup pour l’Homme » (Hobbes).

Par certains aspects, Blessés m’a évoqué cette littérature américaine des grands espaces où la nature, dans tout ce qu’elle a de plus grandiose et infinie, vient appuyer la croyance en la paix que l’homme retrouve loin de ses semblables, mais qui, parfois, se révèle autrement plus cruelle et souligne au contraire la grande vulnérabilité de l’être humain. Ainsi le roman Julius Winsome de l’américain Gerard Donovan raconte l’histoire d’un homme vivant en ermite au cœur d’une forêt ayant pour seule compagnie son chien, répondant au nom ô combien symbolique de... Hobbes! Ce dernier sera tué par des chasseurs et son maître blessé, effondré dans la perte, va tenter de venger son fidèle compagnon. La folie humaine dans tout ce qu’elle a de plus triste et désespérée est ici évoquée. Mais la comparaison s’arrête là, car Gerard Donovan n’est pas un auteur noir, et son roman ne traite pas des haines raciales ou sexuelles.

Blessés est pour moi une réussite magistrale qui parvient à hisser notre sentiment d’horreur à un niveau rarement atteint et qui vient bouleverser notre vision de la société qui est révélée ici sous son jour le plus sinistre. Ainsi, on peut considérer cette grotte qui fait l’objet de quelques passages du roman, et notamment de ses premières lignes, comme le symbole d’un abri contre la violence extérieure, contre les déchaînements mortifères du dehors, mais cet abri n’est que bien peu de protection face à l’inéluctable.

Un roman émouvant, qui donne un coup de poing à notre conscience. COUP DE COEUR!

samedi 20 novembre 2010

D'un retour aux sources...

Bien le bonjour, chers (chères) ami(e)s,

Je m'excuse de ce mois durant lequel je n'ai rien posté, faute de temps et d'envie. En effet, l'université a concentré toute mon attention, au point que j'en ai oublié certaines sources de plaisir, comme celle d'entretenir ce blog littéraire qui me tient à coeur.

Les devoirs et autres priorités s'étant considérablement calmés, je reviens parmi vous et publierai dès la semaine prochaine un nouveau billet sur une lecture qui m'a particulièrement ému: Blessés de Percival Everett. En effet, même si je n'ai pas eu le temps de venir ici ces quatre ou cinq dernières semaines, j'ai poursuivi durant cette période mes lectures et j'ai quatre billets à rédiger!

On repart sur la route!

lundi 4 octobre 2010

D'une descente aux Enfers...

La porte des enfers de Laurent Gaudé.


Editions Actes Sud, 08/2008, 270 pages.

Résumé: « Au lendemain d'une fusillade à Naples, Matteo voit s'effondrer toute raison d'être. Son petit garçon est mort. Sa femme, Giuliana, disparaît. Lui-même s'enfonce dans la solitude et, nuit après nuit, à bord de son taxi vide, parcourt sans raison les rues de la ville. Mais, un soir, il laisse monter en voiture une cliente étrange qui, pour paiement de sa course, lui offre à boire dans un minuscule café. Matteo y fera la connaissance du patron, Garibaldo, de l'impénitent curé don Mazerotti, et surtout du professeur Provolone, personnage haut en couleur, aussi érudit que sulfureux, qui tient d'étranges discours sur la réalité des Enfers. Et qui prétend qu'on peut y descendre... Ceux qui meurent emmènent dans l'Au-Delà un peu de notre vie, et nous désespérons de la recouvrer, tant pour eux-mêmes que pour apaiser notre douleur. »

Mon avis: j’ai enfin eu l’occasion de lire ce roman. Depuis le temps que je le dévorais du regard en librairie, une amie attentionnée me l’a gracieusement prêté, et je l’en remercie mille fois. Ce roman est un coup de cœur.

Sous un titre accrocheur, une première de couverture absolument magnifique, un résumé qui interpelle chacun de nous, ce roman présente une lecture fascinante sur le thème du décès d’un être cher. En effet, Matteo et sa femme Giuliana vont perdre leur fils unique lors d’une fusillade dans une rue de Naples et vont tenter de surmonter un deuil d’une tristesse incommensurable. La mère ne s’en remettra pas et demandera alors à son époux, accablé par une culpabilité fiévreuse, de lui ramener son fils de l’Au-Delà, une promesse qu’il désespère de pouvoir accomplir, jusqu’au jour où il fait la connaissance d’une certaine Grace et de sa bande d’acolytes…parmi lesquels, le professeur Provolone, savant de la Mort et personnage troublant, qui va alors révéler à Matteo le fruit de ses recherches, à savoir l’existence de portes d’entrée pour les Enfers. Matteo est prêt à tout pour reprendre son fils des griffes de la Mort.

Ce roman est percutant. Il possède une force d’émotion grandiose qui vous parle avec justesse et finesse d’un évènement qui nous a tous malheureusement ébranlé un jour: le décès, la perte d’une personne aimée. Laurent Gaudé trouve les mots adéquats pour nous faire ressentir toute la palette d’émotions qui nous habitent dans ces moments-là comme l’impuissance que l’on éprouve face à la Mort, l’injustice d’une telle fin ou encore l’envie de serrer une nouvelle fois dans ses bras l’être envolé. Marqué par le sceau du désespoir, ce roman, malgré ses moments de tristesse infinie, parvient à donner une note d’optimisme et à donner un visage plus doux à la Mort dans ses dernières lignes. Cette dernière est irrévocable, et il convient de vivre avec le souvenir de nos êtres disparus, de faire le deuil afin de penser à eux d’une manière plus noble pour qu’ils puissent poursuivre leur voyage dans l’Au-Delà sans se lamenter. Le souvenir est le meilleur des baumes pour la paix d’une âme.

La déchirure éternelle entre un fils et son père, la tentative d’oubli de la mère pour calmer son chagrin, les pérégrinations nocturnes d’un père en proie à la douleur, les malheurs de la vie qui s’enchaînent de manière invariable… mais la vie qui parvient toujours à reprendre le dessus, l’espoir d’une nouvelle lumière qui nous permettra de nous relever.

Ce roman est beau. Ce roman est essentiel. Il apporte une réflexion troublante et fascinante sur la Mort. Une force d’émotion magnifique. Une histoire qu’on oublie pas, parce qu’elle appartient à chacun de nous.

Coup de cœur!

mercredi 29 septembre 2010

Les horreurs d'une guerre...

L’insomnie des étoiles de Marc Dugain


Editions Gallimard, 09/2010, 225 pages.

Résumé: « Automne 1945, alors que les Alliés se sont entendus pour occuper Berlin et le reste de l'Allemagne, une compagnie de militaires français emmenée par le capitaine Louyre investit le sud du pays. En approchant de la ville où ils doivent prendre leurs quartiers, une ferme isolée attire leur attention. Les soldats y font une double découverte : une adolescente hirsute qui vit là seule, comme une sauvage, et le corps calciné d'un homme. Incapable de fournir une explication sur les raisons de son abandon et la présence de ce cadavre, la jeune fille est mise aux arrêts. Contre l'avis de sa hiérarchie, le capitaine Louyre va s'acharner à connaître la vérité sur cette affaire, mineure au regard des désastres de la guerre, car il pressent qu'elle lui révélera un secret autrement plus capital. »

Mon avis: la rentrée littéraire est riche en titres alléchants et j’ai jeté mon dévolu sur le nouveau roman d’un auteur français que je n’avais guère abordé auparavant, Marc Dugain. Et ce fut une très belle découverte.

En effet, Marc Dugain fait partie de ces auteurs qui nous enchantent par la justesse et la poésie de leur écriture. D’une limpidité formidable, les mots s’emboîtent à merveille et offrent un champ littéraire revigorant. Emporté par les mots, je n’ai su m’arrêter (sinon à d’infimes reprises) avant que la dernière ligne se présente à mes yeux. Si l’intrigue parait plutôt simple, sinon banale, la force d’écriture et l’émotion parviennent à hisser ce roman à de hauts niveaux de réflexion. L’histoire? Un coffre avec des os humains retrouvé à proximité d’une jeune femme crasseuse au beau milieu d’une ferme perdue dans la campagne allemande, un capitaine français faisant partie des forces d’occupation est affecté à ce territoire et se voit mener l’enquête afin de dénicher la vérité sur ce meurtre… Des vérités autrement plus sinistres vont alors refaire surface. Au-delà de l’atrocité du génocide juif, Marc Dugain fait entrer dans son récit et dans nos mémoires les coulisses du chaos, les sentiers sinueux et parallèles de l’horreur nazie, les affaires sinistres qui se déroulaient dans le secret, des choses que les livres d’histoire semblent avoir oublié et que tout le monde s’emploie à taire au sein de ce roman.

Ce roman n’est donc pas qu’une simple enquête (cela n’est qu’une couverture romanesque) mais bel et bien une réflexion sur les horreurs qui poussent l’humanité à se retrancher dans les rangs maudits de la dictature et à soudainement taire les pires atrocités. La mémoire est un travail difficile mais nécessaire, ce roman y participe. La douleur, le désarroi, la peur s’échappent des pages pour nous atteindre et nous montrer une vérité en face (parmi tant d’autres).

J’ai apprécié le personnage du capitaine Louyre aux techniques d’investigation peu orthodoxes dans une Allemagne en proie à la défaite et à une peur grandissante de voir son ancienne gloire s’effondrer à tout jamais. Il est sans pitié et parviendra à trouver la vérité par la force et la persuasion, sans jamais laisser apparaître son abattement face à de telles horreurs, même si on sent poindre une colère sourde derrière son impassible visage.

Un excellent roman de mémoire sous les traits d’une enquête. Une écriture magnifique. Une émotion particulière. Un auteur de talent.

jeudi 16 septembre 2010

"C'est ici que vit le diable"

Suite(s) impériale(s) de Bret Easton Ellis.



Editions Robert Laffont Pavillons, 09/2010, 230 pages.

Résumé : « Au milieu d'une nuit de cauchemar, deux mots apparaissent sur le miroir d'une salle de bains : «Disparaître ici.» Vingt-cinq ans plus tôt, ces mêmes mots se déployaient sur un panneau publicitaire de Sunset Boulevard. Un matin, des étudiants découvrent près d'une poubelle ce qu'ils imaginent être un drapeau américain trempé de sang. C'est en fait un cadavre. À la fin d'un week-end de drogues et d'orgies à Palm Springs, une fille contemple une montagne au-delà de la plaine désertique et murmure : «C'est le lieu du passage.» Elle ajoute en pointant le doigt : «C'est ici que vit le diable.» C'est dans un Los Angeles évanescent, peuplé de fantômes et d'hallucinations, que Clay, le protagoniste de Moins que zéro, revient passer les vacances de Noël. Un quart de siècle s'est écoule et la chirurgie esthétique a rendu la plupart de ses anciens amis méconnaissables. Le cinéma, qui l'emploie comme scénariste, paraît une copie de plus en plus délavée de la réalité et la réalité elle-même, un mauvais film dans lequel chaque personne rencontrée compte sur lui pour obtenir un rôle. Clay pense qu'une fille, une seule, Rain Turner, a peut-être ses chances. »

Mon avis : c’était avec une impatience non dissimulée que j’attendais ce nouveau roman de l’auteur américain le plus acide de sa génération, après cinq années de silence, suite au déjanté Lunar Park . Mon attente était nourrie essentiellement par cette retrouvaille avec Clay, adolescent antipathique et paumé dans Moins que zéro qui apparait près de 25 ans plus tard dans la métropole qui l’a vu grandir dans un luxe clinquant mais vide de tout sens, en un mot, illusoire. Dans Suite(s) impériale(s) il revient sur les lieux de sa perdition, dans la cité des Anges (quelle ironie !), là où rien n’a changé, sinon les visages de ses anciens amis (le Botox a fait des dégâts !). En effet, tout est resté figé dans la corruption, les amitiés factices et avantageuses, les porte-monnaie gangrénés par des histoires de commerces glauques, des jeunes gens paumés en quête de célébrité qui sont déjà condamnés à errer tels des fantômes dans les rues d’une ville gigantesque et monstrueuse qui ne demande qu’à les engloutir.

Cette suite fait honneur à l’esprit de l’excellent Moins que zéro qui est devenu, à l’image de L’Attrape-coeurs de Salinger, le roman d’une jeunesse désenchantée et vouée au Vide de l’existence. Bret Easton Ellis a intégré dans cette suite des ingrédients du polar et du roman noir qui lui permettent de hisser son récit à un degrès supérieur de noirceur. Toujours entiché de son imperturbable analyse d’une société aisée vouée à une existence vide de sens et à une corruption toujours plus sordide, l’auteur exorcise ses propres peurs et angoisses, donnant ainsi à Clay toute l’étoffe d’un anti-héros moderne qui ne fait que répondre à une société morne et délibérement cruelle. L’industrie du cinéma en est ici le parfait exemple. Milieu déjà artificiel où les apparences comptent en priorité, l’envers du décor apparait d’une manière encore plus sinistre. On assiste, impuissant et en position de voyeur, à la déchéance des personnages et notamment de Clay, en proie à une paranoia grandissante (impossible de ne pas penser à Patrick Bateman de American Psycho) et qui va se retrouver piéger dans une machination perverse. Tout est bon pour servir ses intérêts, surtout dans l’industrie implacable de Hollywood. Des meurtres viennent alors s’ajouter à l’intrigue, signant en lettres de sang le destin des protagonistes.

Il est difficile de ne pas être mal à l’aise face à l’écriture détachée et proprement démunie d’émotion de Bret Easton Ellis qui nous donne à voir des vies sales et répugnantes sans jamais annoncer aucun état d’âme. Là est tout sa force. Les sentiments n’ont pas de place, tout n’est qu’égoïsme et narcissisme. La dernière phrase du livre est percutante : « Je n’ai jamais aimé personne et j’ai peur des gens ». Elle résume à elle-seule l’esprit du roman et de son premier opus, Moins que zéro. En parlant de l’écriture, l’auteur s’est amélioré dans son style, toujours incisif et brouillon, vague et désarmant, qui est sa marque de fabrique, mais aussi et surtout plus travaillé et poétique. Ainsi son récit est plus fluide et son intrigue fait monter une tension toujours plus étouffante. Un bon remake de roman noir.

Cependant, cette suite était-elle vraiment nécessaire ? Je ne pense pas. J’attends Bret Easton Ellis ailleurs. Il aurait du laisser ses protagonistes emprisonnés dans son tout premier livre, qui a d’ailleurs fait sa renommée et son succès mondial. Le fait de les retrouver à l’âge adulte a quelque chose d’excitant au début, mais on se rend bien vite compte que l’histoire est la même. On prend les mêmes et on recommence, comme on dit. D’où cette intrigue de polar sombre et violent, afin de camoufler une redondance ? Toujours est-il que j’ai pris grand plaisir à lire ce nouveau roman de Mr Easton Ellis, et j’attends déjà son prochain livre avec impatience (je sens que ça va être long...) et surtout : je l’attends ailleurs car pour Clay, il est temps de « Disparaitre ici ».

vendredi 10 septembre 2010

La malédiction de Dorian Gray...

Le portrait de Dorian Gray de Oscar Wilde et son adaptation cinématographique de 2009, Dorian Gray de Oliver Parker.

LE LIVRE.


Editions Folio Classique, 04/1997, 330 pages.

Résumé: Dorian Gray, jeune homme de la haute société, héritier d’une fortune colossale, est le modèle favori d’un célèbre artiste peintre, Basil Hallward qui l’idolâtre et l’aime profondément. Ce dernier va créer un magnifique portrait de son protégé. Dorian Gray prend alors conscience que la jeunesse n’est pas éternelle. Le tableau restera éternellement beau et lisse alors qu’il vieillira de jour en jour. Il énonce alors un vœux: le portrait vieillira à sa place, tandis que le jeune homme restera éternellement jeune et beau. L’influence de lord Henry, charismatique philosophe qui est un fervent prédicateur de l’hédonisme, va mener le jeune Dorian Gray à connaître une vie influencée par ses plaisirs et ses pulsions. Jusqu’au jour où ses pêchés déforment son portrait et le gangrènent…

Mon avis: je m’étais promis de le lire depuis longtemps, s’agissant d’un classique fort apprécié du public, et je n’ai pas hésité une seconde à m’y plonger et je dois admettre que j’aurais du le faire bien plus tôt. Ce livre est un chef d’œuvre.

Comment ne pas résister à cette ambiance gothique qui se dégagent des pages, à l’atmosphère subtilement fantastique, aux intonations enivrantes de Lord Henry, à la passion dérangeante et dévorante qui s’éprend de Dorian Gray? Ce roman est une éloge à la vie dans tout ce qu’elle a de plus terrible. Succomber à ses tentations, c’est tomber dans les ténèbres. Dorian Gray bascule sans crier gare du côté de la lumière vers les ombres empoisonnées du pêché. Lord Henry, sorte de gourou charismatique de l’hédonisme, qui prétend que la vie ne peut être pleinement vécue que lorsqu’on est jeune et beau, va entraîner le chaste Dorian Gray vers les noires demeures de la corruption morale. La flamme de la passion et de l’ivresse brûle en lui et le décime peu à peu. Son portrait va alors se dégrader à une vitesse effrayante. Ce qui, au début, amuse le jeune homme, va très vite tourner à la psychose et à la déchéance. Jusqu’à cette superbe scène finale où la malédiction prend fin.

Dorian Gray est un personnage fascinant. C’est la transformation qui s’opère en lui qui est saisissante. Enfantin, pur et brillant, gentil et doté de magnifiques sentiments au départ, il va peu à peu décliner dans la cruauté, le mépris, la lâcheté et l’hypocrisie. La métamorphose est palpable et nous assistons, impuissants mais pleins d’une étrange fascination, à cette descente aux Enfers, à l’image de cette famille d’auteurs (majoritairement français) de la fin du 19ème surnommés « les décadents » dont fait partie l’irlandais Oscar Wilde.

En parlant du décadentisme, on pourrait s’attendre à voir dans ce roman un étalage des pêchés propres à choquer le lecteur. Il n’en est rien. Il est d’ailleurs étonnant de constater que tout est suggéré. Aucune description scabreuse ne vient ébranler le récit. La période où Dorian Gray s’adonne aux plaisirs les plus infâmes et sombre dans la déchéance morale est survolée par l’auteur et ne fait qu’agiter notre imagination, sans pour autant détailler le propos. Ce choix est d’autant plus terrible (et rusé) qu’il nous donne à imaginer des scènes terrifiantes et hautement sordides. Cet épisode (crucial) de la vie de Dorian Gray est subtilement passé sous silence et est raconté et dévoilé par les voix d’autres personnages, notamment par les gens de la Haute. Les ragots sont bels et bien fondés. Dès lors, Dorian Gray devient un émissaire du Diable aux yeux de tous, tout ce qu‘il touche sombre dans le néant, en même temps qu’il continue à exercer une attirance hypnotique.

Une autre dimension se dégage de ce roman, celle de la relation de l’Art avec l’artiste et son modèle. L’Art possède t-il une âme qui lui est propre? Se peut-il que la Vie se mêle à l’Art? Ou l’Art à la Vie? Autant de questions fascinantes qui ne manqueront pas de vous ébranler l’esprit.

Ce livre est un chef d’œuvre gothique que je relirai très certainement car sa lecture fut un vrai moment de plaisir et de révélation: Oscar Wilde est un génie. Ne passez pas à côté d’un tel roman, au risque de le regretter.

CHEF D’ŒUVRE!

LE FILM.



De Oliver Parker, 2009, avec Ben Barnes, Colin Firth et Ben Chaplin.

Mon avis: Un peu déçu. En effet, l’intrigue concoctée par Oscar Wilde est ici très largement remaniée, ce qui gâche considérablement certains points du livre. Cela va du détail insignifiant à l’action la plus déterminante. C’est dommage que le réalisateur ne soit pas resté fidèle au roman. Tout d’abord, le Dorian Gray interprété par Ben Barnes est trop placide et calme, on ne ressent pas la passion qui le parcourt ainsi que le frisson du pêché. Il est plutôt linéaire dans son jeu, ce qui ne donne pas accès à la profondeur psychologique du personnage du roman. Ici, Ben Barnes se contente de sourire plus ou moins et d’essayer de donner une consistance à son personnage. On ne perçoit pas de manière brutale et irrémédiable le changement moral de Dorian Gray. Le film laisse donc un protagoniste plutôt fade et gentillet, quoique bien cruel par moment, mais cela n’est guère effrayant. Si Dorian Gray n’est pas très égal à son original, Lord Henry est parfait. Joué par Colin Firth, on ne peut concevoir un meilleur philosophe hédoniste à l’écran. Son jeu est juste et colle parfaitement à l’idée que je me suis faite du lord Henry du roman. Nonchalant, provocateur, charismatique et envoûtant. Basil Hallward est également bien ressenti par son interprète, Ben Chaplin.

Là où le livre se tait, le film le montre. En effet, la réussite de ce film réside dans sa mise en scène et ses moments esthétiques. De très belles séquences de bals masqués lubriques ou encore de bars à opium exotiques. Les frasques de Dorian Gray sont illustrées dans le film et correspondent aux images qui m’ont traversé lors de la lecture du roman. Sado-masochisme, tortures, mélangisme, prostitution… Cet aspect du film est réussi et mérite toute mon attention car le roman n’en fait que mention sans en approfondir les faits. Ces séquences sont travaillées au niveau du décor et de l’atmosphère qui s’en dégage. On retrouve notamment une facette très sordide du Londres du 19ème, avec ses ruelles embrumées et couvertes de misère, ses lupanars malsains et sa criminalité exacerbée. A l’opposée, on s’extasie devant la splendeur des salons aristocratiques et l’élégance de la maison de Dorian Gray. Cet exotisme d’une époque révolue est délicieux à regarder.

En somme, c’est un film divertissant mais qui est décevant à cause du trop grand remaniement de l’intrigue (de ses ajouts et de ses retraits). Le roman est bien meilleur, d’ailleurs on ne devrait guère faire la comparaison!

vendredi 3 septembre 2010

Les brumes de Riverton...

Les brumes de Riverton de Kate Morton.
Editions Pocket, 10/09, 695 pages.

Résumé: « Au cours de l'été 1924, dans la propriété de Riverton, l'étoile montante de la poésie anglaise, lord Robert Hunter, se donne la mort au bord d'un lac, lors d'une soirée de la haute société. Dès lors, les soeurs Emmeline et Hannah Hartford, seuls témoins de ce drame, ne se sont plus adressé la parole. Selon la rumeur, l'une était sa fiancée et l'autre son amante... En 1999, une jeune réalisatrice décide de faire un film autour de ce scandale des années vingt et s'adresse au dernier témoin vivant, Grace Bradley, employée à l'époque comme domestique au château. Grace s'est toujours efforcée d'oublier cette nuit-là et le poids des souvenirs. Mais les fantômes du passé ne demandent qu'à se réveiller... »

Mon avis: Je ferme avec nostalgie ce roman de l’Australienne Kate Morton, que je n’ai jamais lu auparavant… un sentiment de perte, et pour cause! A travers les quelques 695 pages de cet hommage à la littérature gothique et victorienne, tout une vie s’est déroulée et s’est éteinte en même temps que le fracas des dernières bombes de la seconde guerre mondiale. Cette vie, c’est celle d’une famille aristocratique anglaise, vieille de plusieurs siècles, qui habite depuis des générations dans un vaste manoir dans les landes d’Angleterre, loin du fourmillement de la capitale, à Riverton. Ce nom sonne comme une promesse de voyage dans le temps, de balade dans une époque dorée. Qui ne va pas tarder à sombrer…

Nous sommes au début du XXème siècle, lorsque Grace Bradley, jeune fille de 14 ans est engagée comme domestique au château de Lord et lady Ashbury, une des plus prestigieuses familles du royaume. Aux côtés du majordome Mr Hamilton, de la cuisinière Mrs Townsend, de la jeune et sévère Nancy et de l’idiote Katie, Grace Bradley va apprendre un métier difficile et exigeant: servir sans faux pas une grande dynastie familiale. La demeure est immense et arbore des allures délicieusement gothiques: des greniers immenses, un mobilier richissime, une roseraie resplendissante, deux fontaines de marbre (une d’Eros et Psyché et une autre de la chute d’Icare), un lac brumeux au fond de la propriété… où se jouera dans quelques années un drame sanglant, celui du poète Robert Hunter.
Au fil de ses tâches ménagères, Grace va s’insinuer dans la vie de ses maîtres. Elle va notamment tomber en amitié avec la petite fille de Lord Ashbury, Hannah Hartford qui va très vite la prendre comme confidente et lui confier des secrets. Sa sœur, Emmeline Hartford est une antithèse de sa sœur, coquette, arrogante et ne pensant qu’à jouer, elle se jure de mener une vie hautement mondaine. Hannah, quant à elle, rêve de grands voyages et d’indépendance. A ses 18 ans, elle décide de se marier avec Teddy Luxton, fils d’un riche banquier américain et part vivre à Londres, sans l’autorisation de son père. Grace devient alors sa gouvernante attitrée.

Ce roman, c’est avant tout le récit de la vie de Grace Bradley, qui va passer de simple domestique à femme de chambre dans une société aristocratique en déclin. En effet, derrière les lignes se profilent l’ombre des deux guerres qui vont décimer les familles et lancer sur leur monde une vague de tristesse et de désespoir sans précédent. La chute est irrémédiable et chaque personnage y plonge à sa manière. J’ai eu beaucoup d’affection pour Grace qui va être confrontée à une vie turbulente mais qui va tout de même parvenir à se hisser au-delà du malheur. Contrairement à Hannah, elle, qui incarne cette jeunesse qui veut prendre le large et lâcher la bribe des conventions sociales et de l’étiquette, elle veut son indépendance, au mépris de la mauvaise réputation que cela entraînera sur la famille. Elle est tiraillée entre son envie de tout quitter et son désir de ne pas faire de mal à ses proches, son destin est émouvant et sombre dans la tragédie. Elle fait penser à ses héroïnes victoriennes qui essayent d’échapper à la lourdeur de leur condition sociale afin de mener une existence fantasmée et finalement plus simple, mais qui sont vite rattrapées par la réalité.

L’écriture de Kate Morton est saisissante, elle parvient à peindre un tableau de la société aristocratique anglaise avec un talent naturel et spontané, qui lui vaut une plume volubile et poétique. Des scènes d’ambiance particulièrement belles et marquantes parcourent le récit, pour notre plus grand bonheur. Notre imaginaire est largement sollicité et ce roman nous porte dans un voyage au-delà du temps, dans la noirceur des souvenirs, dans la vie dans tout ce qu’elle a de belle et de terrible. Kate Morton est une ensorceleuse, une magicienne.

Un brillant hommage à la littérature victorienne et au genre du "romanesque noir" qui ne vous laissera pas indifférent. Je vais me procurer sans tarder son second roman intitulé Le jardin des secrets, cette auteur figure d’ors et déjà dans mes favoris!

COUP DE CŒUR!

vendredi 27 août 2010

Bains de sang...

De fièvre et de sang de Sire Cédric.

Editions Le Pré aux Clercs, 03/2010, 450 pages.

Résumé: « Une jeune fille se réveille entièrement nue et entravée sur un matelas couvert de sang. Elle sait qu'elle va mourir, toute tentative de fuite semble inutile. La douleur n'est rien en comparaison de la peur panique qui s'est emparée d'elle... Le commandant Vauvert mène l'enquête en compagnie d'une profileuse albinos, Eva Svärta. Personnage excentrique et hors norme, Eva a un véritable sixième sens qui fait d'elle une redoutable traqueuse de l'ombre. Ensemble, ils vont tenter de remonter la piste d'un tueur en série qu'ils croyaient mort et qui a pour habitude de vider entièrement ses victimes de leur sang. S'agit-il d'une réincarnation, d'un spectre, d'un homme, d'une femme, d'une créature d'un autre monde ? »

Mon avis: Sa couverture sanguinolente avait attiré mon regard à plusieurs reprises en librairie, et chaque fois je me promettais de l’acheter et de le lire, mais lorsque Ellcrys s’est proposée de l’envoyer en tant que livre-voyageur, je n’ai pas hésité un seul instant. Et je l’en remercie grandement.

Ce livre est une réussite dans le genre thriller horrifique. Et l’auteur est un français! Reconnu désormais comme la nouvelle figure du roman fantastique et d’horreur, Sire Cédric a de quoi faire pâlir certains Graham Masterton et James Herbert et autres Stephen King.
En effet, ce roman exploite avec génie la frontière entre le réel et l’imaginaire, entre la réalité et le surnaturel. Cette délimitation entre les deux mondes est fine et ils ne vont pas tarder à s’entremêler de manière fort inquiétante au fur et à mesure des pages. L’auteur parvient à instiller une atmosphère glauque et effrayante (je me suis plusieurs fois surpris à regarder derrière mon dos durant ma lecture!) qui nous porte sur les chemins de l’inconcevable, de l’inimaginable. Autant dire que l’intrigue est terrifiante: deux frères tueurs en série, surnommés par la presse « Les vampires de la montagne noire » sont tués par le commandant Vauvert et la profileuse Eva Svärta lors d’une arrestation musclée. Mais un an plus tard, les crimes se répètent sur le même mode opératoire. Un copieur? Des tueurs revenus d’outre-tombe? Le mystère s’épaissit entre les explications rationnelles et celles qui échappent totalement à la raison. Un cocktail détonnant.

Les deux protagonistes sont très bien cernés par l’auteur. Sire Cédric nous offre ici un duo d’enquêteurs surprenant. Tout d’abord, Eva Svärta, profileuse aux allures de Trinity dans « Matrix », albinos aux cheveux blanc comme la neige et aux yeux rouges, portant en permanence des lunettes noires. Quelque peu excentrique et terriblement attachante car elle est perturbée par un passé trouble qui verra le jour au fil de l’intrigue. Les vieux démons du passé vont ressurgir, impitoyables.
De l’autre, nous avons un commandant un peu brusque, à la carrure de rugbyman, la gueule carrée et au gabarit de gorille, intrépide et peu regardant des conséquences de ses actes. Il s’appelle Alexandre Vauvert et il s’attache très vite à la jeune profileuse aux allures de vampire.
Ce tandem de choc va essayer d’éclaircir une enquête lugubre où le sang coule à flot et où le danger frappe n’importe où, sans prévenir. Ce roman vous maintient les nerfs à vif et vous essouffle.

Le sang coule à flot… justement parlons-en. De fièvre et de sang, comme son titre l’indique, est loin d’être une promenade de santé et autant vous avertir: il ne faut pas le mettre entre les mains de n’importe qui. Les meurtres sont barbares et certaines amorces de l’intrigue se révèlent hautement malsaines. Amateurs de thriller vous serez servis! En tout cas, sans aucune honte, je peux affirmer que ce bain de sang était jouissif! Sire Cédric ne tombe pas dans la surenchère de gore (un peu peut-être) mais il prend surtout soin d’utiliser l’hémoglobine à des fins plus délicates: pour nous faire basculer dans la folie humaine et l’incompréhension, à l’image de ses deux enquêteurs qui se retrouvent dépassés par les évènements. Nous sommes à leurs côtés et regardons l’enquête avec eux. Il est impossible d’y échapper.

Ouvrez sans tarder ce livre qui vous fera passer des nuits blanches où les ombres de votre maison vous effraieront. Vous ne regarderez plus votre reflet dans le miroir du même œil…

Coup de cœur!

Merci beaucoup à Ellcrys pour cette belle découverte :D !

mardi 24 août 2010

Les fantômes du passé...

Le treizième conte de Diane Setterfield.

Editions Pocket, 03/2008, 565 pages.

Résumé: « Vida Winter, auteur de best-sellers vivant à l'écart du monde, s'est inventé plusieurs vies à travers des histoires toutes plus étranges les unes que les autres et toutes sorties de son imagination. Aujourd'hui, âgée et malade, elle souhaite enfin lever le voile sur l'extraordinaire existence qui fat la sienne. Sa lettre à Margaret Lea est une injonction : elle l'invite à un voyage dans son passé, à la découverte de ses secrets. Margaret succombe à la séduction de Vida mais, en tant que biographe, elle doit traiter des faits, non de l'imaginaire. Et elle ne croit pas au récit de Vida. Dès lors, les deux femmes vont confronter les fantômes qui hantent leur histoire pour enfin cerner leur propre vérité... »

Mon avis: j’ai enfin ouvert ce roman applaudi par les critiques et les lecteurs et je vais m’introduire dans les rangs déjà larges des mordus de ce « page-turner » so british! Aurais-je été ensorcelé par la sorcière Diane Setterfield? Très certainement. Et je peux déjà vous affirmer que j’attends de pied ferme sa prochaine publication.

Une demeure gigantesque perdue au milieu d’un jardin foisonnant noyé dans la brume et la pluie. Une auteur à succès devenue vieille et souffrante qui parle de son passé dans l’ombre de sa bibliothèque tandis que la pluie bat les vitres au dehors. Des apparitions soudaines dans les glaces, tels des fantômes. Une famille aux secrets inavouables. Des souvenirs à jamais enfouis dans les prisons du passé qui ressurgissent soudainement à la lumière du jour. Que demander de mieux? Ce roman est l’histoire de Vida Winter, une écrivain prolifique et célèbre qui contacte une biographe, Margaret Lea, afin de retranscrire sa vie sur des feuilles blanches qui vont très vite noircir sous les assauts du passé. La jeune femme va se prendre de passion pour le récit de la vieille romancière et s’immiscer entièrement dans son histoire afin d’en déterrer tous les souvenirs, les plus douloureux et les plus inavouables.

Le mystère s’épaissit au fil des pages, d’autant plus que Vida Winter est une affabulatrice confirmée et le doute grandit sans cesse jusqu’à la révélation finale qui vous laissera la bouche bée et le cerveau en ébullition. Sous forme de double intrigue, à savoir l’histoire relatée par la vieille dame et l’enquête que mène Margaret Lea en privée, les pièces du puzzle se forment peu à peu pour ne s’assembler qu’à la toute fin du roman. Ce retournement de situation est une des réussites de ce livre. Durant 500 pages, Diane Setterfield ne fait que capter l’attention du lecteur, le mène par le bout du nez (pour ainsi dire, le manipule, à l’image de l’affabulatrice Vida Winter) afin de mieux le lancer dans les flammes de la vérité. Celle-ci est brûlante et venimeuse. Tout prend forme et le passé ressurgit comme une fantôme hurlant.

Au-delà d’une intrigue bien ficelée, Diane Setterfield est une écrivain douée, amoureuse des mots et de l’imaginaire. Ce roman est un vrai « page-turner » pour reprendre cette expression désormais couramment utilisée. Les pages se tournent sans opposer de résistance et l’écriture fluide et bien orchestrée de l’auteur nous enivre. Un vrai bonheur de lecture.

Enfin, ce livre est basé sur le thème du double (gémellité, passé de Vida Winter qui s’entremêle peu à peu avec celui de Margaret Lea, frères et sœurs, couples qui se forment et se déchirent, deux maisons différentes (celle de l’écrivain et celle de son enfance, à Angelfield) et qui se ressemblent terriblement, etc…). Cette récurrence apporte une dimension vertigineuse au récit et résonne comme un chiffre sinistre tout le long du récit.

En bref, j’ai aimé cette lecture que je recommande à tous ceux qui ne l’ont pas encore ouvert afin de découvrir l’univers particulier de Diane Setterfield, où le fantastique flirte avec la réalité, le tout dans une ambiance britannique délicieuse. A lire!

dimanche 8 août 2010

Ca brille, ça brille... mais que c'est triste!

Hudson River de Joyce Carol Oates.


Editions Le Livre de Poche, 05/2006, 665 pages.

Résumé: « À Salthill-on-Hudson, on cultive les orchidées et on roule en voiture de luxe. On est beau, on est riche et on vit comme suspendu hors du temps. Mais quand Adam Berendt, le sculpteur aimé de la commune, trouve la mort dans un accident de bateau, c'est tout ce petit monde idyllique qui est précipité dans le chaos. Une question obsédante taraude la ville entière : qui était vraiment Adam Berendt ? »

Mon avis: Il y a des auteurs à la renommée vertigineuse, au talent reconnu entre tous, et pourtant on tarde toujours à les connaître. Cette fois-ci, je me suis laissé porter par un « coup de foudre de librairie ». Autrement dit, j’ai été séduit par ce livre de poche: la quatrième de couverture alléchante sans être transparente, une couverture sobre et élégante, une épaisseur appétissante… comment ne voulez-vous pas être séduit par le doux titre de Hudson River, d’autant plus que le nom fameux de Joyce Carol Oates vous bat aux oreilles comme un tambour d’avertissement: « Attention, grand auteur à l’horizon! ». Quelle ne fut pas ma surprise de dévorer ce livre en quelques jours et d’en apprécier chacune des pages, chaque mot, jusqu’à l’obsession d’en savoir toujours plus.

Joyce Carol Oates, c’est d’abord une écriture et un talent de narration admirable. Hudson River est bâti autour d’une intrigue commune: celle de la disparition du mystérieux et pourtant aimé Adam Berendt, disparu tragiquement dans une noyade héroïque. Et toute une ronde de personnages, tous aussi subtilement maniés par l’auteur, qui gravitent autour du noyau Adam Berendt et qui prennent une consistance de plus en plus épaisse. Chaque protagoniste est travaillé et remanié dans le récit, de façon à l’approfondir page après page. L’auteur les a habillés d’une étoffe psychologique sans faille qui prend ses racines dans une écriture toute en nuance. Les mots ne vous parviennent pas en une seule fois, ils se réfléchissent les uns aux autres pour apporter un sens plus profond au récit et lui donner une consistance plus subtile. Les mots de Joyce Carol Oates sont pourtant simples, mais elle parvient à leur insuffler une motivation propre qui sert la qualité de son intrigue et de ses personnages.

Les personnages de ce roman paraissent semblables en apparence mais éloignés dans leur pensée les plus intimes que l’auteur prend plaisir à dévoiler à son lecteur. En apparence, ils habitent tous dans une banlieue bourgeoise richissime répondant au nom guilleret de Salthill-on-Hudson où les maisons deviennent des demeures gigantesques, où les jardins rivalisent de couleurs, où les femmes s’habillent en Dior et roulent en voitures de luxe, tandis que les maris partent travailler en semaine dans la Grosse Pomme et jouent au golf le samedi. Un cadre idyllique pour des existences dorées. Mais seulement en apparence… Chacun des personnages va révéler ses pensées les plus intimes dès lors que Adam Berendt, un homme (un artiste sculpteur) en marge de la petite société coquette de Salthill mais immensément apprécié, notamment par la gente féminine, va brusquement disparaître. Les femmes sont mises en avant dans ce roman: le combat de chacune pour survivre à un évènement qui va les bouleverser jusqu’au plus profond de leur chair et les amener à reconsidérer leur existence. Elles sont toutes éprises d’Adam et se demandent quel sens va désormais gouverner leurs vies qui semblent soudainement si fades et mornes. L’argent ne fait pas le bonheur, c’est bien connu. Une série d’évènements tragiques, malheureux mais parfois heureux va alors souffler sur la vie de ces femmes et leur apprendre à vivre avec les aléas de l’existence, la vraie. Il en va de même pour les hommes, des époux harassés de travail, qui ne trouvent dans leur foyer qu’une ébauche de stabilité financière et conjugale… et l’amour dans tout ça?!

Hudson River est un roman du désir, de l’amour, des passions inavouées, des tendresses refoulées, des pulsions érotiques. Les testostérones se mettent à vibrer dans l’air tandis que les talons aiguilles frappent frénétiquement le sol afin de guider les oreilles mâles dans le doux nid des foyers exubérants de Salthill-on-Hudson. La mort d’Adam Berendt semble déclencher une véritable vague de désespoir amoureux où chacun va essayer de saisir et connaître de nouveau les joies du premier regard, de la première caresse… et du sentiment amoureux, loin des mariages arrangés. Toute cette petite société éclate derrière les façades étincelantes des villas pour partir en quête du bonheur. Ce qui va mener le lecteur à vivre de folles aventures aux côtés de la magnifique et si seule Abigail des Pres, le naïf Lionel Hoffmann et sa femme légèrement folle, Camille Hoffmann, puis la pulpeuse et glamour Augusta Cutler, l’intrépide et maladroit avocat Roger Cavanagh, sans oublier celle qui m’a le plus touché: Marina Troy, une libraire charmante, éprise d’Adam Berendt et qui va essayer de poursuivre son existence à ses côtés malgré sa perte, une belle histoire.

J’ai été fort bavard mais il y a encore tellement de choses à vous dire à propos de ce roman formidable… Tout ça pour vous dire qu’il serait dommage de passer à côté d’un si grand chef d’œuvre. Vraiment. Joyce Carol Oates a réussi un coup de maître en écrivant ce manège social savamment orchestré, et qui laisse une impression indélébile. Les personnages continueront encore de me hanter… et je l’espère bien. Hudson River est une merveille, n’hésitez surtout pas.

Coup de cœur !!!

jeudi 29 juillet 2010

Quand la fiction s'immisce dans la réalité...

Travail soigné de Pierre Lemaitre.

Editions poche Le livre de poche, 06/2010, 410 pages.

Résumé: « Dès le premier meurtre, épouvantable et déroutant Camille Verhoeven comprend que cette affaire ne ressemblera à aucune autre. Et il a raison. D'autres crimes se révèlent, horribles, gratuits... La presse, le juge, le préfet se déchaînent bientôt contre la « méthode Verhoeven ». Policier atypique, le commandant Verhoeven ne craint pas les affaires hors normes mais celle-ci va le laisser totalement seul face à un assassin qui semble avoir tout prévu. Jusque dans le moindre détail. Jusqu'à la vie même de Camille qui n'échappera pas au spectacle terrible que le tueur a pris tant de soin à organiser, dans les règles de l'art... »

Mon avis: depuis plusieurs mois j’entends parler de Pierre Lemaitre, notamment grâce au succès de son roman Robe de marié qui a cueilli pas mal de louanges. Alors lorsque le forum d’ A travers les mots… une histoire proposa un partenariat avec Le livre de poche, j’ai bondi dessus.

Pour commencer, l’une des particularité de ce thriller est ancrée dans le physique de son protagoniste (qui sort des sentiers battus) car il est… tout petit! Le commandant Camille Verhoeven ne mesure que 1m45! Autant vous dire que la surprise fut de taille! Outre cette particularité physique peu envieuse dans le milieu de la police, ce personnage a considérablement gagné ma sympathie au fur et à mesure de l’intrigue. En effet, si il apparaît d’abord comme banal et sans grande éloquence, il tend à affirmer son caractère au fil des pages. En effet, être petit n’est pas une fin en soi dans l’élaboration d’un personnage, encore faut-il qu’il soit intéressant malgré cela, ici, Pierre Lemaitre a gagné son pari. Habitué des affaires crapuleuses (vols, braquages, violences conjugales, …), Verhoeven se retrouve confronté à une série de meurtres tous aussi barbares les uns que les autres, et pourtant si différents dans le mode opératoire. Un lien va alors progressivement se tisser entre ces affaires avant de faire éclater une sinistre vérité qui trouve ses origines dans… la littérature policière. En effet, le tueur reproduit dans la réalité des crimes fictionnels tirés de grands ouvrages de polar (que je vous laisse le plaisir de découvrir). Autant vous dire que l’intrigue est plaisante lorsqu’on est un féru de ce genre-là. Je vous laisse le plaisir de découvrir les autres auteurs de talents qui vont permettre au meurtrier de tracer un parcours bien sinistre…

Sur le plan de l’écriture, Pierre Lemaitre ne s’étend pas sur des détails superflus, il va droit à l’essentiel, au risque de paraître parfois trop concis. Cependant, son récit se confine à l’efficace, ce qui lui donne un rythme assez soutenu, notamment dans les dernières pages où un dynamisme époustouflant vous prend à la gorge. Le final est d’ailleurs la partie du livre qui m’a le plus bouleversé…

Laissez-vous donc porter par ce premier volet de la trilogie des enquêtes de Camille Verhoeven qui est un roman bien sympathique (j‘espère que le second volet sortira bientôt). S’il n’est pas un coup de cœur, il est tout de même une lecture recommandée.

Je remercie donc chaleureusement les éditions Le livre de poche et le forum A travers les mots… une histoire pour ce partenariat!

lundi 26 juillet 2010

Une famille loin d'être parfaite...

Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Millénium 1) de Stieg Larsson.


Editions Actes Sud collection Actes Noirs, 09/2006, 575 pages.

Résumé: Ancien rédacteur de Millénium, revue d'investigations sociales et économiques, Mikael Blomkvist est contacté par un gros industriel pour relancer une enquête abandonnée depuis quarante ans. Dans le huis clos d'une île, la petite nièce de Henrik Vanger a disparu, probablement assassinée, et quelqu'un se fait un malin plaisir de le lui rappeler à chacun de ses anniversaires. Secondé par Lisbeth Salander, jeune femme rebelle et perturbée, placée sous contrôle social mais fouineuse hors pair, Mikael Blomkvist, cassé par un procès en diffamation qu'il vient de perdre, se plonge sans espoir dans les documents cent fois examinés, jusqu'au jour où une intuition lui fait reprendre un dossier. Régulièrement bousculés par de nouvelles informations, suivant les méandres des haines familiales et des scandales financiers, lancés bientôt dans le monde des tueurs psychopathes, le journaliste tenace et l'écorchée vive vont résoudre l'affaire des fleurs séchées et découvrir ce qu'il faudrait peut-être taire.

Mon avis: Quatre années après sa sortie, je me suis enfin lancé dans cette saga à succès qui a beaucoup fait parler d’elle et de son auteur, brutalement décédé en 2004, mais qui laissa derrière lui une trilogie très vite distinguée par les critiques. Et je dois dire que ce premier opus est très bon, voire même excellent, pourtant le manque d’action qui habite ces pages aurait du me décevoir… Bien au contraire, Stieg Larsson a réussi à élaborer une histoire sur fond d’intrigues familiales en omettant tous les codes du thriller habituel où l’action proprement dite joue un rôle important. Ici, il n’est pas question de gros flingues, de giclées de sang, de bombardements intempestifs ou encore d’attentats machiavéliques. Mais plutôt de réflexion et d’une élaboration complexe d’un puzzle qui fait froid dans le dos. C’est ce que j’ai apprécié dans ce roman: son manque cruel de mouvement et son immobilité envoûtante.
Dès les premières pages, nous suivons deux protagonistes qui évoluent de façon parallèle et qui ne tarderont pas à se croiser pour faire équipe: Mikael Blomkvist et Lisbeth Sanlander. Le premier est un journaliste de formation, co-directeur de la revue suédoise Millénium, qui retrouve sa carrière mise en pièce par un malfrat de l’industrie, Wenneström, qui attaque en justice Mikael pour diffamation et remporte le procès. La carrière de Mikael vacille alors considérablement ainsi que la réputation du journal. Mais un riche industriel, Henrik Vanger, va le contacter afin de soulever un mystère qui s’épaissit depuis trente longues années: la disparition de sa nièce, Harriet Vanger. Il va accepter grâce au contrat alléchant qui est élaboré, à savoir que si il mène sa mission à terme, il pourra obtenir une aide financière importante pour la remise à flot du journal Millénium, ainsi que des informations précieuses sur les activités louches de Wenneström, ce qui permettrait à Mikael de le couler pour de bon. Entre-temps, le second protagoniste mène une enquête sur Mikael afin de vérifier sa fiablité. En effet, Lisbeth Salander, jeune femme anorexique au look de rockeuse trash, travaille pour Milton Security, une société dirigée par Dragan Armanskij qui dresse des enquêtes sur personne pour des particuliers ou bien des entreprises. Lisbeth Salander est la meilleure dans ce domaine, et sa route va croiser celle de Mikael, un duo de choc est né.
J’ai beaucoup apprécié ces deux personnages qui parviennent à être crédibles dès les premières pages, notamment Lisbeth, qui est pourtant un personnage excentrique et totalement en marge des protagonistes habituels du genre du thriller, et qui parvient ici à prendre une place primordiale (faisant d’ailleurs l’objet d’une trilogie).
C’est alors que commence une enquête savamment étudiée par Stieg Larsson, qui ne cesse de nous mener sur de fausses pistes. La tension monte crescendo au fil des découvertes, et les différents personnages suspects prennent des allures menaçantes. De plus, l’action se déroule principalement sur une île privée de la famille Vanger, à proximité de la ville d’Hedestad, ce qui tend à renforcer l’aspect claustrophobe de l’enquête. Cette dernière prend des formes de plus en plus inquiétantes, jusqu’à ce que l’abominable vérité éclate dans le dernier quart du livre telle une bombe à retardement.
L’écriture de Stieg Larsson est agréable à lire et il m’a été impossible de lâcher le bouquin. Il agissait tel un aimant et cette envie d’en savoir toujours plus est un des points forts de ce livre. J’ai beaucoup aimé l’intrigue qui devient lugubre, où l’univers des psychopathes se dessinent irrémédiablement, sans laisser le choix au lecteur que de rentrer dans un monde noir, très noir, où les ténèbres ne sont jamais loin, mais nous côtoient.
En bref, un très bon thriller qui m’a fait passer un agréable moment et qui m’a étonné par sa trame plutôt statique et qui est pourtant aussi efficace qu’un concentré d’action. Il est certain que je me plongerai dans le second opus La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette .

dimanche 25 juillet 2010

What am I doing?!

Je viens vous informer que je viens de faire l'acquisition de mon tout premier véritable roman en anglais (en dehors des ouvrages de la faculté) et il s'agit -comme par hasard- d'un thriller visiblement sanglant qui se déroule à Los Angeles et mettant en scène un tueur particulièrement cruel, le "crucifix killer", voyez plutôt cette magnifique couverture et ce résumé alléchant.

Résumé: " In a derelict cottage in Los Angeles National Forest, a young woman is found savagely murdered. Naked, strung from two wooden posts, the skin has been ripped from her face – while she was alive. On the nape of her neck is carved a strange double-cross: the signature of a psychopath known as the Crucifix Killer.

But that’s not possible. Because, two years ago, the Crucifix Killer was caught and executed.

Could this be the work of a copycat killer? Someone who has somehow accessed intricate details of the earlier murders – details that were never made public? Or is Homicide Detective Robert Hunter forced to face the unthinkable? Is the real Crucifix Killer still out there, ready to embark once again on a vicious killing spree, selecting his victims seemingly at random, taunting Hunter with his inability to catch him?

Robert Hunter and his rookie partner are about to enter a nightmare beyond imagining, where there's no such thing as a quick death. "

The Crucifix Killer by Chris Carter, 430 pages, Pocket Book.

Je l'ouvre bientôt!


vendredi 16 juillet 2010

Dieu se tait, et le diable murmure...

Le chuchoteur de Donato Carrisi

Editions Calmann-Lévy, 05/2010, 440 pages.

Résumé: "Cinq petites filles ont disparu. Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière. Au fond de chacune, un petit bras, le gauche. Depuis qu'ils enquêtent sur les rapts des fillettes, le criminologue Goran Gavila et son équipe d'agents spéciaux ont l'impression d'être manipulés. Chaque découverte macabre, chaque indice les mènent à des assassins différents. La découverte d'un sixième bras, dans la clairière, appartenant à une victime inconnue, les convainc d'appeler en renfort Mila Vasquez, experte dans les affaires d'enlèvement. Dans le huis clos d'un appartement spartiate converti en QG, Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire : tous les meurtres sont liés, le vrai coupable est ailleurs. Quand on tue des enfants, Dieu se tait, et le diable murmure... "

Mon avis: C’est certainement le thriller le plus plébiscité de cette année 2010, autant par la blogosphère que par les critiques littéraires, c’est donc avec beaucoup d’excitation que je me suis laissé emporter par les mots de Donato Carrisi. Et pour un premier thriller, c’est une réussite magistrale. Je n’en attendais pas moins de cette perfection soulignée par les lecteurs et le succès que le livre connaît est amplement mérité.

Tout d’abord, je tiens à saluer l’écriture de Donato Carrisi qui est une merveille en soi. L’auteur manipule la langue à la perfection, nous offrant un texte d’une très grande qualité littéraire, ce qui est, à mes yeux, un des éléments de qualité du genre du thriller (et bien au-delà). Il ne se contente pas de donner un reflet fade et descriptif des évènements qui surabondent dans le roman, il prend surtout le temps de nous laisser s’imprégner d’une atmosphère bien particulière, de sentiments qui nous touchent irrémédiablement afin de nous porter à son envie dans des sphères toujours plus oppressantes. On a l’impression de manquer d’oxygène dans cette affaire particulièrement sinistre où un tueur en série machiavélique (à faire pâlir le célébrissime Hannibal Lecter) s’en prend à de jeunes fillettes et orchestre son sinistre dessein par des procédés ingénieux, jouant avec les enquêteurs d’une manière perverse.

Les fausses pistes se succèdent sans pitié avant de relancer l’intrigue grâce à des rebondissements inattendus qui vous laisse coi. L’auteur, à l’image du psychopathe qu’il met en scène, nous manipule sans vergogne pour notre plus grand plaisir afin d’arriver à un dénouement apocalyptique où toute la profondeur de l’affaire surgit tel un monstre des abîmes. Le doute s’installe au fil des pages et la mort gouverne un royaume de plus en plus étendu. Les personnages la côtoient en permanence mais cette fois-ci, le danger peut survenir de partout, personne n’est en sécurité. Le tueur s’infiltre peu à peu au cœur de l’enquête…

Justement, parlons des personnages. Il s’agit d’un équipe du département des sciences du comportement dirigée par le très réputé criminologue Goran Gavila qui est assisté par le jeune Boris, l’élégant agent Stern et l’acariâtre Rosa. Mais cette affaire de disparitions d’enfants n’est pas de leur ressort, c’est ainsi qu’ils vont faire appel à une spécialiste dans le domaine, Mila Vasquez, jeune femme au passé trouble qui va devenir la protagoniste du roman. Elle devient de plus en plus attachante et on se pose des questions sur son enfance qui semble se refléter dans son comportement peu empathique et distant. En bref, j’ai trouvé ces personnages fort intéressants, réservant chacun leur lot de noirceur, comme Donato Carrisi s’échine à nous le faire entendre à travers les pages… tel un chuchoteur. Nous possédons tous notre part d’ombre.

Je vous recommande donc fortement ce roman absolument magnifique qui vous fera passer un moment indéfinissable, qui s’étend bien au-delà des autres auteurs que vous avez pu lire, comme si Donato Carrisi avait réussi à apporter une nouvelle dimension au genre du thriller. Un souffle nouveau résonne dans ces pages noires et sans pitié, qui vous donneront une sensation d’angoisse rarement atteinte depuis le célèbre Le Silence des Agneaux de Thomas Harris, oui encore le terrible Au-delà du mal de Shane Stevens. Donato Carrisi s’inscrit définitivement dans le panthéon des maîtres du genre et j’attends avec une impatience grandissante son prochain roman.

Magistral, tout simplement. Coup de cœur monumental.

dimanche 4 juillet 2010

Perversion quand tu nous tiens!

Echo de Ingrid Desjours

Editions poche Pocket, 06/10, 350 pages.

Résumé: « Ils étaient beaux, riches et pervers. Leur émission pulvérisait l'audimat ; les invités en sortaient humiliés, insultés, blacklistés. Petite lucarne et jeux du cirque... Aujourd'hui, les Frères Vaillant ne sont plus. Et la scène de crime n'est pas belle à voir. En arrivant sur les lieux, le commandant Vivier constate l'horreur des mutilations. Les deux pantins semblent figés en un tableau grotesque, d'un effroyable sadisme. Et l'avis de Garance Hermosa, sexo-criminologue au profil incendiaire, confirme ce premier diagnostic. Certes, les jumeaux ne manquaient pas d'ennemis, mais ce degré de violence rituelle laisse deviner un véritable monstre... Pour le démasquer, le flic et l'experte devront se voir en son miroir sans entrer dans son jeu. Car le crime, comme l'écho, se répète... »

Mon avis: c’est avec beaucoup de curiosité que j’ai ouvert ce premier partenariat et je dois dire que pour une première fois, c’est plutôt réussi. En effet, j’ai passé un agréable moment avec ce thriller fraîchement arrivé dans le monde des livres de poche, d’une auteur que je ne connaissais point.

Ici, pas question de tueurs en série, mais d’un criminel pervers qui commet un meurtre atroce et fortement médiatisé car les victimes ne sont autre que des personnalités fort connues de la télévision et à la réputation sulfureuse: les frères Vaillant. Jumeaux au comportement hautain, narcissiques et particulièrement cruels,ils se font les bourreaux de nombreux personnages publics et alimentent constamment la presse à scandale. Leur meurtre est à la fois un soulagement et un écho malsain d’une victime malmenée, et les suspects pleuvent sur l’enquête. Cependant l’étau se resserre au fur et à mesure des pages pour révéler un suspect plus ou moins inattendu. Une histoire sordide va alors voir le jour dans un milieu où la sexualité s’entremêle étroitement avec un désir de mort.

Pour mener cette enquête délicate, le commandant Patrik Vivier, quinquagénaire solitaire, doit faire équipe avec une psychologue réputée pour ses connaissances en matière de perversion qui répond au doux nom de Garance Hermosa. Sexy en diable, superficielle aux premiers abords et agaçante, elle va heureusement s’affirmer d’une autre manière dans la seconde moitié du roman, où elle va laisser entrevoir les failles de ce masque glamour qui n’est qu’une protection. Pour tout vous avouer, j’ai détesté Garance pendant la première moitié du roman, et je me suis dit que ça démarrait très mal… et finalement, la jeune femme m’a paru un peu moins fade dans le seconde moitié. En effet, elle dévoile une autre facette de sa personnalité, plus fragile et mélancolique, mais elle parvient surtout à éclairer de nombreuses zones d’ombre d’une affaire bien ténébreuse. Cependant, j’ai un peu de mal avec cette figure de la femme fatale… ça rejoint des clichés trop nombreux de l’assistante diaboliquement aguicheuse au sourire de carnassière… mais comme je l’ai dit, Garance est doublée d’une femme plus profonde, ce qui sauve la mise.

L’intrigue est bien menée et Ingrid Desjours, elle-même psychologue, introduit dans les analyses de son personnage Garance des notions très intéressantes qui nous en apprennent un peu plus sur la psychologie d’une personnalité perverse. C’est documenté et bien appuyé, ce qui donne au récit une authenticité bienvenue, on est plongé dans un thriller qui ne dépasse pas les bornes et qui tient la route.

Ce fut donc une lecture agréable et instructive, et je suis prêt à poursuivre les aventures de Garance Hermosa dans le second livre d’ Ingrid Desjours, sorti aux éditions Plon le mois-dernier, qui s’intitule Potens.

Un grand merci à Blog-O-Book pour l’organisation de ce partenariat, ainsi qu’aux éditions Pocket pour la découverte de ce livre.

samedi 3 juillet 2010

Partenariats de juillet...

J'ai trois livres à lire en ce mois de juillet pour trois partenariats, deux en complicité avec Blog-O-Book et un avec le forum A travers les mots...une histoire.

Voici la liste qu'il me tarde d'ouvrir:

Echo d' Ingrid Desjours (Pocket, avec Blog-O-Book)

La nostalgie de l'ange d' Alice Sebold (J'ai lu, avec Blog-O-Book)

Travail soigné de Pierre Lemaitre (Le livre de poche, avec le forum A travers les mots... une histoire.)

Bientôt mon avis sur Echo d' Ingrid Desjours.

mardi 29 juin 2010

Livre en vie...

La fille de papier de Guillaume Musso.


Editions XO, 04/10, 375 pages.

Résumé: « Tom Boyd, un écrivain célèbre en panne d'inspiration, voit surgir dans sa vie l'héroïne de ses romans. Elle est jolie, elle est désespérée, elle va mourir s'il s'arrête d'écrire. Impossible ? Et pourtant... Ensemble, Tom et Billie vont vivre une aventure extraordinaire où la réalité et la fiction s'entremêlent et se bousculent dans un jeu séduisant et mortel... »

Mon avis: C’est avec une pointe de curiosité que j’ai ouvert ce roman car je n’ai jamais abordé ce genre de livres. Guillaume Musso, Marc Lévy et j’en passe, sont classés parmi les auteurs « populaires » et c’est une branche de la littérature qui ne m’a jamais intéressé, et c’est en cette fin de mois que j’ai décidé d’ouvrir le dernier ouvrage (prêté) de cet auteur français qui fait vendre à la pelle et qui éveille, surtout chez un public féminin, un engouement troublant.

Verdict? J’ai bien aimé. Il faut croire que ce genre de livres est obligé de vous accrocher (ce n’est pas pour rien qu’ils ont autant de succès) car dès la première ligne, mon attention a été happée et je me suis laissé embarquer sans détour possible. Tout d’abord, l’écriture de Musso est agréable et plutôt soignée ce qui rend sa lecture fluide et limpide comme de l’eau de roche. L’auteur nous porte allégrement de pages en pages en déroulant une intrigue bien menée et qui joue avec des topos cinématographiques plutôt plaisants. Il est vrai qu’on s’évade un peu du cadre de la littérature pour se retrouver comme devant un bon vieux film romanesque, mais ça marche.

Enfin, on s’éloigne du cadre de la littérature… pas tellement, car le sujet du livre est plutôt intéressant à savoir l’existence dans la réalité d’un personnage de fiction. Ce thème est repris à de multiples reprises dans la littérature, je retiens notamment l’excellent La part des ténèbres de Stephen King où le pseudonyme d’un auteur prend vie après son « enterrement ». Ici, Billie, un personnage féminin du livre à succès d’un auteur dénommé Tom Boyde, tombe littéralement des pages inachevées d’un des livres mal imprimés et entreprend une existence mouvementée aux côtés de son créateur. La relation qui va suivre sera ambivalente, flirtant d’un côté avec une grande intimité (celle de l’écrivain avec ses personnages) et de l’autre avec une distance abyssale (le réel et l’imaginaire). Cette « fille de papier » va ainsi incarner la vivacité de la relation qui existe entre l’écrivain et son œuvre. C’est pourquoi j’ai trouvé ce livre intéressant, cette union entre deux entités aussi étroitement liées et en même temps aussi éloignées m’a touché.

Bien entendu, on n’échappe pas aux bons sentiments dans ce roman, mais cela ne m’a pas troublé outre mesure, je trouve qu’ils sont détournés de leur fonction romanesque pour servir une histoire plus sincère afin d’encadrer des personnages qui basculent un peu moins dans les clichés.

La déception? La fin. L’auteur aurait du rester dans les sphères de l’imaginaire…

En bref, une lecture estivale agréable, mais je ne pense pas reprendre de lecture de Guillaume Musso avant un moment, peut-être l’année prochaine… Mais je suis content de cette expérience, c’est le principal, il faut une première à toute chose.

dimanche 27 juin 2010

Level zero ...

Moins que zéro de Bret Easton Ellis.

Editions poche 10/18, 10/05, 235 pages.

Résumé: « A Los Angeles, de jeunes gens de dix-huit ans à peine se retrouvent dans les lieux les plus chics de la ville. Ils méditent sur les derniers fringues à la mode, tout en s'informant des derniers plans dope. Pendant ce temps, les parents, éloignés des activités de leurs enfants, sont occupés et stressés par leurs boulots, leurs maîtresses ou leurs psychiatres... » (résume de la librairie Mollat)

Mon avis: Bien loin du milieu des psychopathes en puissance (American Psycho), Bret Easton Ellis nous offre ici un tableau désespéré de la jeunesse américaine, dans un lieu propice à tous les vices et excès, Los Angeles. On suit les pas d’un jeune adolescent de 18 ans à peine, nommé Clay , qui vient de rentrer pour quelques semaines en Californie, après un séjour de trois mois dans le New-Hampshire. Autant dire que la différence est notoire! Son retour sur la côte ouest est une véritable suite de désillusion et d’aventures vides de sens qui lui font peu à peu comprendre que son avenir ne se joue pas ici, près de ce tumulte dénué d’intérêt, où la jeunesse se drogue, s’ébat à volonté et se fout de l’argent puisque, de toute manière, il coule à flot.

Ce roman est une sorte de manifeste de la décadence d’une jeunesse « dorée » qui se complait dans une existence morne et où la vie n’a plus de sens. Clay fait ainsi figure de témoin extérieur de cette vie qu’il côtoyait avant de partir sur la côté est. Ses anciens amis ne sont plus que des fantômes à ses yeux et ne méritent pas l’attention qu’il leur portait auparavant (si jamais il en a porté). Los Angeles devient une terre d’illusion, de richesse nauséabonde et Clay ne se satisfait plus de cet étalage d’excès, il cherche à retrouver ce qu’il était avant, à redevenir une personne innocente, pour qui tous les aspects de la « mauvaise » vie n’était pas connus, autrement dit lorsqu’il était enfant. Certains passages du texte sont en italiques et racontent quelques épisodes de sa jeunesse dans la maison familiale à Palm Springs, dans le désert, avec ses grands-parents. On ressent alors l’attachement de Clay pour cette période de son existence, et le basculement est saisissant lorsqu’il se retrouve à regarder ses deux petites sœurs grandir dans un monde artificiel où les dernières fringues à la mode sont le centre de leur intérêt, ou bien lorsque ses « amis » le traînent dans des fêtes louches où sexe et drogue ne font qu’un.

Avec ce premier livre, Bret Easton Ellis s’est propulsé parmi les grands écrivains américains de ce siècle, et c’est sans surprise que Moins que zéro est souvent comparé à L’Attrape-Cœur de J.D Salinger, où la jeunesse se perd et se détruit dans un monde qui l’avale, sans pitié.

Excellent roman. Je vais devenir un lecteur boulimique de cet auteur au talent formidable!

mercredi 23 juin 2010

Un plongée en Enfer...

In tenebris de Maxime Chattam.

Editions Pocket, 03/2004, 600 pages.

Résumé: « Chaque année, des dizaines de personnes disparaissent à New York dans des circonstances étranges. La plupart d'entre elles ne sont jamais retrouvées. Julia, elle, est découverte vivante, scalpée, entre autres sévices, et prétend s'être enfuie de l'Enfer. On pourrait croire à un acte isolé s'il n'y avait ces photos, toutes ces photos... Annabel O'Donnel jeune détective à Brooklyn prend l'enquête en main, aidée par Joshua Brolin, spécialiste des tueurs en série. Quel monstre se cache dans les rues enneigées de la ville? Et si Julia avait raison, si c'était le diable lui-même? Ce mystère, ce rituel... Dans une atmosphère apocalyptique, Joshua et Annabel vont bientôt découvrir une porte, un passage... dans les ténèbres. »

Mon avis: après L’Ame du Mal il y a deux ou trois ans, l’envie m’a pris de poursuivre cette trilogie diabolique avec le second livre, In tenebris. Ce fut un grand plaisir de retrouver le personnage de Joshua Brolin, désormais détective privé au lourd passé, qui se voit confronté ici à une enquête monstrueuse qui ne laissera personne indemne. Sa personnalité mystérieuse, hantée par les démons d’un tueur en série terrifiant (cf L’Ame du Mal), et son intuition hors du commun ainsi que sa ténacité en font un protagoniste torturé par les ombres de l’âme humaine dans toute son horreur, c’est Annabel O’Donnel, ravissante métisse qui travaille dans la police de New-York, qui va lui redonner une lueur de croyance en l’être humain. Cette jeune femme ne fait pas que correspondre à la carrure de l’uniforme sexy, loin de là. On y découvre une femme blessée par la disparition d’un mari volatilisé sans explication, et qui côtoie chaque jour une solitude pesante. Joshua et Annabel vont se compléter grâce à leur caractère proche mais à la fois suffisamment différent pour apporter un éclairage nouveau dans les réflexions de l’un et de l’autre, car cette enquête est bien plus sombre que la nuit… c’est une plongée en Enfer!

J’avoue avoir frissonné plusieurs fois à la lecture de ce thriller mené d’une main de maître par Maxime Chattam et qui ne se lasse pas d’incarner dans ses livres les peurs les plus profondes de l’homme. Il y est bien entendu question d’un tueur en série qui fait froid dans le dos et qui ne laissera pas son secret se délivrer aussi facilement, au risque de mettre la vie de nos deux enquêteurs en péril. Vous ne vous ennuierez pas une seule minute, vous n’allez plus pouvoir lâcher le bouquin, car une action perpétuelle vient rythmer l’enquête et on ne peut souffler un court instant. On est comme en apnée, et on y reste, jusqu’à se noyer dans l’impensable.

Amis du thriller implacable, lancez-vous sur les pistes d’un New-York hanté par des démons insaisissables, où la neige a le couleur du sang et où l’Homme ne connaît plus ses propres limites et bascule dans l’horreur absolue. A lire le soir, bien blotti dans son lit en se cramponnant à un verre d’eau, et … en verrouillant la porte de la chambre!

Un grand plaisir de lecture, comme d’habitude avec ce cher Maxime Chattam, c’est donc un autre coup de cœur pour ma part!

P.S: Ce livre m’a fait penser à Rituel de chair de Graham Masterton, un bon thriller également.

vendredi 18 juin 2010

Ave Maria...

Déviances de Richard Montanari.

Editions Le Cherche-Midi, en Pocket, 03/2007, 505 pages.

Résumé : « Kevin Byrne est un vétéran de la police criminelle de Philadelphie. Flic usé par ses années de service, il vient juste de faire connaissance avec sa nouvelle équipière, Jessica Balzano, lorsqu'une adolescente fréquentant une école catholique de la ville est retrouvée violée et mutilée, les mains jointes dans un geste de prière. La première d'une longue série. C'est le début d'un voyage au coeur des ténèbres pour les deux enquêteurs qui, lancés sur la piste d'un tueur aussi terrifiant que machiavélique, devront affronter leurs propres démons, alors que la ville est prête à basculer dans la folie. »

Mon avis : Et encore une excellente réussite pour ce très cher Richard Montanari qui ne cesse de me surprendre et de me kidnapper dans ses romans ! Il s’agit ici du premier opus qui voit apparaitre les inspecteurs Kevin Byrne et Jessica Balzano, ils formeront alors un binome inséparable, efficace et attachant. Pour tout vous dire, j’ai commencé à lire les enquêtes de ces deux inspecteurs dans le désordre (le 3ème Funérailles, puis le dernier 7 et maintenant le premier Déviances), mais cela n’a en rien altéré mon plaisir de lecture car les enquêtes sont plus ou moins indépendantes les unes des autres, mais la vie privée des deux protagonistes est, quant à elle, un fil conducteur appréciable qu’il convient de suivre dans l’ordre. Ainsi ce premier opus m’a ouvert les portes des premiers pas de Jessica Balzano dans la brigade criminelle de Philadelphie, et ce fut un véritable délice de suivre ses balbutiements aux côtés du charismatique Kevin Byrne. J’ai compris pas mal de choses qui étaient déjà étayées dans les romans suivants et ces deux personnages n’en sont devenus que plus profonds et attachants à mes yeux.

Pour en venir à l’intrigue, en tant que grand amateur de thriller et de polars, j’ai été littéralement comblé par ce scénario cauchemardesque où un tueur en série s’en prend à de jeunes filles de milieu catholique. L’ambiance est crépusculaire à souhait et ne laisse que très peu de place à la lumière. On évolue en tâtonnant dans le noir, tout comme Jessica Balzano, qui est alors confrontée à sa toute première enquête criminelle, et pas des moindres ! Le duo d’inspecteurs va se laisser mener en bateau par un criminel machiavélique, il ne va pas hésiter à les mener sur de fausses pistes, à notre plus grande frustration car le danger peut surgir de partout. C’est alors un final sanglant et surprenant qui prend irrémédiablement forme sous nos yeux, nous laissant abasourdis par la duperie et le talent de marionnettiste de l’auteur !

A un rythme effréné, Richard Montanari nous embarque dans les rues sombres de Philadelphie, une ville qu’il ne cesse de peindre au fil de ses romans, comme un dédale obscur, où les pires missionnaires du Mal bondissent de l’ombre pour éveiller les pires cauchemars de l’humanité.
Grace à son écriture efficace et enivrante, à son imagination débordante et à ses talents de peintre d’ambiance, Mr Montanari ne vous laissera pas indifférent, il fait, pour moi, partie des grands noms du thriller mondial, et il mérite amplement son succès ! Bravo !

Coup de coeur, assurément !