mercredi 26 octobre 2011

"Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins."

Lolita de Vladimir Nabokov.

Editions Folio, 05/2001, 532 pages.

Quatrième de couverture : « Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta.
Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l'école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita. »

Mon avis : Certains classiques se sont forgés dans le scandale, la censure éditoriale n’hésitant pas à refuser les manuscrits pour cause de déviances morales et obscénités. Ce fut le cas pour ce célèbre roman américain qui marqua le XXème siècle et fut érigé à juste titre comme l’un des plus grands romans de la littérature mondiale après moultes critiques acerbes et attaques virulentes de la part d’intellectuels bornés.

En effet, Lolita, c’est l’histoire d’un quadragénaire qui tombe éperdument amoureux d’une enfant de 12 ans, Dolores Haze. Pédophilie. Relation incestueuse. Viol. Les chefs d’accusation pour ce roman ne manquent pas. Or, nous sommes incontestablement en présence d’une merveille littéraire, d’un Eden de la langue. Le fond importe (du moins ne faut-il pas y plaquer une quelconque immoralité), mais la forme prévaut. Ou plutôt pourrions-nous dire que les deux s’entremêlent étroitement, en provoquant chez le lecteur un sentiment ambigu : d’un côté l’horreur de la situation, de l’autre une irrésistible gourmandise littéraire. Humbert Humbert, le narrateur, qui raconte son histoire avec la « nymphette », Lolita, piège son lecteur, le porte à ses côtés et le dérange. Nous avons accès à tous ses états d’âme, à tous ses sentiments confus, et nous n’avons jamais (ou du moins rarement) accès aux pensées de la jeune fille. De plus, et c’est là que Lolita, à mes yeux, est une véritable réussite, le narrateur use d’une écriture exquise, alambiquée, proustienne pour ainsi dire, qui invente et innove. Le travail sur la langue est prodigieux, véritable enchantement, au rythme ensorcelant, telle une incantation. Pour le lecteur passionné de littérature, les références intertextuelles font légion et agissent comme autant de clins d’oeil conniventiels de la part de l’auteur: Proust, Sade, Mallarmé, Baudelaire ou encore Edgar Allan Poe.

Cette écriture, superbe, est d’une sensualité débordante. L’érotisme des mots baigne le roman et lui confère une aura délicieusement délictueuse, dépourvue de toute vulgarité et autre argot dépréciatif. En effet, Vladimir Nabokov déploie un langage littéraire choisi et éminemment voluptueux, qui est à juste titre appelé «poérotisme » de la part de Maurice Couturier ( dans Roman et censure, ou la mauvaise foi d’Eros), autrement dit, l’érotisme est vu ici comme un travail sur les formes et non pas comme un discours fallacieux et enjolivé qui consisterait à dire des obscénités déguisées. Cette poésie des mots, qui éveille les sens, donne au roman une virtuosité langagière admirable.

Je ne taris pas d’éloges à propos de ce grand roman, mais je dois bien m’arrêter à un moment donné, sous peine d’en trop dévoiler. Je vous laisse à votre curiosité et à votre amour de la littérature pour découvrir, si cela n’est pas déjà fait, ce roman marquant.

Un coup de coeur ! Magistral !

4 commentaires:

  1. Je suis complètement d'accord : ce livre est un chef d'oeuvre dont la langue est délicieuse...
    Nabokov a été merveilleux en donnant la parole à Humbert Humbert, abominable enchanteur des mots, dont on ne sait jamais si on peut croire, ou non, les écrits. C'est magistral !

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  2. Chère Céline, je suis ravi de savoir que tu l'as tout autant apprécié :D "abominable enchanteur des mots", voilà une parfaite périphrase pour ce cher protagoniste! Au plaisir.

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  3. Coucou, comment tu vas ? ^^
    Je verrai plus tard, ce n'est vraiment pas pour moi. Le thème ne me tente pas du tout, et, même si tu dis que c'est extrêmement bien écrit, je ne pense pas que cela changera plus tard. Je verrai bien :) Gros bisous Morrison et passe une excellente soirée !

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  4. Chère Clairdelune,

    Ton message me fait grandement plaisir :D
    En effet, ce roman est plutôt particulier, et je pense qu'il vaut mieux l'appréhender plus tard. Enfin bon, si tu le lis un jour, fais-moi signe ;D
    De mon côté, ça peut aller, l'année est très mouvementée, et je n'ai pas souvent le temps de me poser ^^
    Et toi? Comment vas-tu?

    Je t'embrasse bien fort, ma chère Clairdelune, et te souhaite un très bon weekend!

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