Affichage des articles dont le libellé est Romans.... Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Romans.... Afficher tous les articles

jeudi 24 novembre 2011

Désir impérieux!

Un soir de décembre de Delphine de Vigan.

Editions Points, 01/2007, 195 pages.

Quatrième de couverture: « Quarante-cinq ans, une femme, deux enfants, une vie confortable, et soudain l'envie d'écrire, le premier roman, le succès, les lettres d'admirateurs... Parmi ces lettres, celles de Sara, empreintes d'une passion ancienne qu'il croyait avoir oubliée. Et qui va tout bouleverser. Au creux du désir, l'écriture suit la trajectoire de la mémoire, violente, instinctive - et trompeuse. »

Mon avis: Alors que Rien ne s’oppose à la nuit s’affiche comme l’un des plus grand succès de la rentrée littéraire 2011, que Delphine de Vigan est l’un des écrivains les plus cités dans la blogosphère, voilà enfin venu le temps de m’intéresser à cette femme de lettres à la renommée grandissante, voire établie. J’ai choisi Un soir de décembre sous les fortes recommandations d’une amie chez qui le bon goût est inné.

C’est le récit de la vie d’un écrivain sous les feux de la rampe après les vertigineuses ventes de son premier roman et les critiques élogieuses. Des lettres de femmes anonymes lui parviennent par dizaines, son éditeur se fait une joie de lui faire parvenir. A part une. Déposer dans la boite aux lettres de son domicile. Pas de nom, pas de signature, juste l’écriture d’une femme en proie à un regret. Celui d’avoir interrompu leur idylle sauvage avant le mariage de l’écrivain.Cette femme inconnue, dont il découvrira peu à peu la véritable identité, enflamme son désir avec une force démentielle, le poussant à se retrancher de sa propre existence, abandonnant les êtres qu’il aime et qui l’entoure. Tout perd substance autour de lui, il ne vit que pour cette passion déchue, ancienne, qui fait soudainement surface, tel un cataclysme des sens.

Les sens sont ébranlés. Ce roman est éminemment sensuel, voire fortement érotique. Les lettres de cette femme déclenchent chez Matthieu (le protagoniste) une envie soudaine de posséder son corps, de revivre ces moments torrides entre les bras de l’amante langoureuse qu’elle fût. Il veut sentir à nouveau ses sens s’embraser dans le tourbillon de l’acte charnel. L’auteur déploie toute une poétique du corps, de la peau en ébullition, du désir trop longtemps contenu.Vive, dynamique et sans fioritures, à l’image de cette passion dévorante, l’écriture de Delphine de Vigan vise à faire ressentir au plus profond de la chair la suprématie du désir.

Bon roman qui se déguste avec passion!

mardi 22 novembre 2011

Douce Italie...

Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé.

Editions Actes Sud, collection Babel, 03/2006, 285 pages.

Quatrième de couverture: « L'origine de leur lignée condamne les Scorta à l'opprobre. A Montepuccio, leur petit village d'Italie du Sud, ils vivent pauvrement, et ne mourront pas riches. Mais ils ont fait voeu de se transmettre, de génération en génération, le peu que la vie leur laisserait en héritage. Et en dehors du modeste bureau de tabac familial, créé avec ce qu'ils appellent « l'argent de New York », leur richesse est aussi immatérielle qu'une expérience, un souvenir, une parcelle de sagesse, une étincelle de joie. Ou encore un secret. Comme celui que la vieille Carmela confie au curé de Montepuccio, par crainte que les mots ne viennent très vite à lui manquer. »

Mon avis: Laurent Gaudé, après ma lecture de son avant-dernier roman, La porte des Enfers, j‘avais été subjugué par la force d‘écriture et l‘imaginaire de cet auteur. Avec Le soleil des Scorta, Goncourt 2004, il devient, à mes yeux, un auteur français incontournable. Si vous n’avez encore jamais découvert cet auteur, c’est l’occasion ou jamais.

Ce roman est une merveille. Très bien construit, il alterne les confessions d’une vieille femme, Carmela Scorta, et le récit de sa famille, et plus largement de toute la lignée des Scorta. Cette famille est née d’un drame et se retrouve confrontée à une malédiction qui frappe sans relâche les membres du clan Scorta. Ces hommes et ces femmes tentent alors d’accéder à une situation stable afin de trouver les voies du bonheur et de la sérénité, dans un paysage aride, calciné par le soleil de l’Italie du Sud. Seuls les oliviers y résistent.

Ce paysage sec et brûlant forme le carcan du roman, et les protagonistes y sont assujettis, voués à une existence gorgée de soleil. La vie et la mort brasse le rythme des journées dans ce petit village du sud de l’Italie, Montepuccio. Les traditions les plus antiques subsistent encore, tout un climat autochtone qui est voué à un cycle éternel, tel un supplice. C’est alors que surgit la lignée des Scorta, véritable cataclysme pour la petite communauté. Ces gens-là sont perçus comme des fous, fils d’un homme sanguinaire, sans foi ni loi. Ce roman, c’est l’histoire des descendants qui essayent de s’extirper de cette réputation sulfureuse pour tenter de construire un avenir stable et heureux à travers une époque qui change et mute sans cesse (des années 1870 à 1980) tout en gardant la fierté d’être des Scorta.

Récit d’une famille avec ses joies et ses peines, Le soleil des Scorta est un roman profondément humain, très émouvant.

Sublime!

mercredi 26 octobre 2011

"Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins."

Lolita de Vladimir Nabokov.

Editions Folio, 05/2001, 532 pages.

Quatrième de couverture : « Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta.
Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l'école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita. »

Mon avis : Certains classiques se sont forgés dans le scandale, la censure éditoriale n’hésitant pas à refuser les manuscrits pour cause de déviances morales et obscénités. Ce fut le cas pour ce célèbre roman américain qui marqua le XXème siècle et fut érigé à juste titre comme l’un des plus grands romans de la littérature mondiale après moultes critiques acerbes et attaques virulentes de la part d’intellectuels bornés.

En effet, Lolita, c’est l’histoire d’un quadragénaire qui tombe éperdument amoureux d’une enfant de 12 ans, Dolores Haze. Pédophilie. Relation incestueuse. Viol. Les chefs d’accusation pour ce roman ne manquent pas. Or, nous sommes incontestablement en présence d’une merveille littéraire, d’un Eden de la langue. Le fond importe (du moins ne faut-il pas y plaquer une quelconque immoralité), mais la forme prévaut. Ou plutôt pourrions-nous dire que les deux s’entremêlent étroitement, en provoquant chez le lecteur un sentiment ambigu : d’un côté l’horreur de la situation, de l’autre une irrésistible gourmandise littéraire. Humbert Humbert, le narrateur, qui raconte son histoire avec la « nymphette », Lolita, piège son lecteur, le porte à ses côtés et le dérange. Nous avons accès à tous ses états d’âme, à tous ses sentiments confus, et nous n’avons jamais (ou du moins rarement) accès aux pensées de la jeune fille. De plus, et c’est là que Lolita, à mes yeux, est une véritable réussite, le narrateur use d’une écriture exquise, alambiquée, proustienne pour ainsi dire, qui invente et innove. Le travail sur la langue est prodigieux, véritable enchantement, au rythme ensorcelant, telle une incantation. Pour le lecteur passionné de littérature, les références intertextuelles font légion et agissent comme autant de clins d’oeil conniventiels de la part de l’auteur: Proust, Sade, Mallarmé, Baudelaire ou encore Edgar Allan Poe.

Cette écriture, superbe, est d’une sensualité débordante. L’érotisme des mots baigne le roman et lui confère une aura délicieusement délictueuse, dépourvue de toute vulgarité et autre argot dépréciatif. En effet, Vladimir Nabokov déploie un langage littéraire choisi et éminemment voluptueux, qui est à juste titre appelé «poérotisme » de la part de Maurice Couturier ( dans Roman et censure, ou la mauvaise foi d’Eros), autrement dit, l’érotisme est vu ici comme un travail sur les formes et non pas comme un discours fallacieux et enjolivé qui consisterait à dire des obscénités déguisées. Cette poésie des mots, qui éveille les sens, donne au roman une virtuosité langagière admirable.

Je ne taris pas d’éloges à propos de ce grand roman, mais je dois bien m’arrêter à un moment donné, sous peine d’en trop dévoiler. Je vous laisse à votre curiosité et à votre amour de la littérature pour découvrir, si cela n’est pas déjà fait, ce roman marquant.

Un coup de coeur ! Magistral !

samedi 22 octobre 2011

Education sentimentale...

Clèves de Marie Darrieussecq.

Editions POL, 08/2011, 344 pages.

Quatrième de couverture : « Solange se demande s'il vaut mieux le faire avec celui-ci ou avec celui-là. »

Mon avis : La rentrée littéraire possède toujours son lot de romans « qui dérangent », qui font du bruit parmi les critiques, tantôt élogieuses, tantôt désapprobatrices, mais rarement mitigées. Toujours est-il que Clèves, nouveau roman de la désormais célèbre écrivain française (depuis son premier succès, Truismes), Marie Darrieussecq, intrigue et nous interroge.

En effet, il s’agit du réveil d’une jeune enfant, Solange, qui va faire connaissance avec le plaisir charnel, jusqu’à ses premières règles qui la mèneront vers les chemins d’une adolescence toute tournée vers la préoccupation de son corps, de son désir, de ses fantasmes, et de l’autre sexe. Ce parcours est retracé avec les mots d’une jeune fille dépourvue de toute éducation sexuelle, qui a grandi dans les années 70-80 au coeur d’un village paumé, et qui tente de mettre un nom sur les émotions qu’elle ressent et les parties du corps qu’elle apprend à connaitre. Aux critiques qui réagissent à la vulgarité qui en découle (et aux 63 occurrences du terme « bite » qui jalonnent ces 344 pages !), nous pourrions répliquer que l’auteur n’a voulu retranscrire qu’un cadre réaliste ; en somme, un travail formel très intéressant.

Son écriture est alors incisive, parcourue d’expressions de l’époque. Des mots qui sortent de la bouche d’une adolescente, tout simplement. Peut-être est-ce là la clef de ce mystérieux sentiment qui bouleverse le lecteur, à savoir une identification implacable avec Solange. En tant qu'homme, je craignais de ne pas comprendre les aléas physiques et émotionnels de la jeune fille. Bien au contraire, il m’a semblé que l’auteur avait réussi son pari de parler au nom de tous (et surtout de toutes) et à mettre des mots là où, enfants ou pré-adolescents, nous avions du mal à nous représenter la sexualité et tout ce qui l’entoure. Les mots sonnent juste et nous renvoient à nos souvenirs, parfois embarrassants, parfois drôles, mais toujours bouleversants.

Marie Darrieussecq est un nom que je retiendrai longtemps, pour avoir su parler avec justesse et naturel de la sexualité, dans toute sa complexité émotionnelle, charnelle et « identitaire ».

Un bon roman.

lundi 11 juillet 2011

La vie toute nue...

Juliet, Naked de Nick Hornby.

Editions 10/18, 05/2011, 380 pages.

Résumé : « À Gooleness, station balnéaire surannée, Annie se demande ce qu'elle a fait de sa vie... En couple avec Duncan, dont la passion pour Tucker Crowe, un ex-chanteur des eighties, commence sérieusement à l'agacer, elle s'apprête à faire sa révolution ! La crise de la quarantaine perçue avec verve et punch, par un Nick Hornby au sommet de son art. »

Mon avis : Ce roman fut l’un des grands succès de la rentrée littéraire 2010, et sa récente sortie en poche est une bonne occasion de le découvrir, d’autant plus que je n’avais jamais lu de Nick Hornby, désormais célèbre auteur anglais qui imprègne ses oeuvres de sa passion pour la musique.

En effet, Juliet, Naked c'est l’histoire d’un couple qui se déchire à l’orée de la quarantaine, et qui se rend brutalement compte que la vie a filé beaucoup trop vite et qu’une passion dévorante pour un obscur chanteur de rock des années 80 –Tucker Crowe- a considérablement affaibli l’existence des deux protagonistes. Le fan incontesté, c’est l’homme –Duncan- qui voue une adoration sans bornes pour la rock star, au point de franchir les limites de l’absurdité (quoi de plus normal que d’aller visiter, tel un fanatique en quête d’une illumination transcendante, les chiottes d’un vieux bar miteux dans lequel Tucker Crowe aurait eu une révélation sur le sens de sa carrière ? !).
Si ce roman est axé sur une période de l’existence où les remises en question sont nombreuses, et les regrets amers, Nick Hornby y laisse également apercevoir la bêtise qui peut mener certaines personnes à s’investir corps et âme dans une entreprise qu’ils ne pourront jamais atteindre, ou qui restera du moins de l’ordre du superficiel. Cet amour inconditionnel pour ce sinistre chanteur mène alors ce couple d’anglais à leur perte et les porte à s’interroger sur toutes ces années gâchées.

L’écriture de Nick Hornby est percutante et profondément sensible. Ses personnages sont grandement travaillés et sont porteurs d’une psychologie subtile. Tantôt touchants, tantôt franchement pathétiques, le tout servi par une ironie flottante, les protagonistes de ce roman reconstruisent désespèrément une existence perdue et tentent de lui donner un sens - inexistant. Ce roman est le récit d’une renaissance, d’un nouvel élan de vie.

Un roman très touchant qui interroge de façon sensible notre existence et nous donne une belle leçon de vie. Un roman formidable !

mardi 28 juin 2011

Charme maléfique...

Les Chutes de Joyce Carol Oates.






Editions Points, 08/2006, 552 pages.

Résumé : « Au matin de sa nuit de noces, Ariah Littrell découvre que son époux s'est jeté dans les chutes du Niagara. Durant sept jours et sept nuits, elle erre au bord du gouffre, à la recherche de son destin brisé. Celle que l'on surnomme désormais «la Veuve blanche des Chutes» attire pourtant l'attention d'un brillant avocat. Une passion aussi improbable qu'absolue les entraîne, mais la malédiction rôde... »

Mon avis : Joyce Carol Oates est un écrivain prolifique, et chacun de ses livres jette une angoisse indéfinie sur son lecteur. Va-t-on assister à la découverte d’un chef d’oeuvre (comme le sublime Hudson River) ou bien d’un roman franchement moyen (à l’image de Fille noire, fille blanche qui m’avait laissé de marbre) ? Les chutes est censé appartenir à la première catégorie... et j’approuve !

En effet, Joyce Carol Oates nous livre ici un roman d’une rare puissance, où le tour de force de l’écriture même est stupéfiant. Hypnotiques, lancinants et profondément sensibles, les mots de ce roman agissent comme une incantation qui envoûte le lecteur et le plonge dans une dynamique tragique – obsessionnelle – qui ne prendra fin qu’à la dernière ligne.

Le destin de la protagoniste « damnée », Ariah Littrell, est bouleversant. Son premier mari trouvera la mort en se jetant dans les chutes du Niagara le lendemain de leur nuit de noce. Elle se retrouve alors confrontée à une perte inattendue qui agira finalement comme une libération sentimentale, puisqu’elle succombera alors aux charmes d’un jeune avocat de talent, Dirk Burnaby. Mais les malheurs ne semblent pas en avoir terminé avec la jeune femme rousse... Cette sorte de chronique familiale prend alors des allures de tragédie grecque, où le destin semble implacablement lié aux psychologies torturées de ses marionnettes de chair. Ariah, jeune femme fraîchement mariée va se changer peu à peu en femme mûre antipathique parfois, touchante souvent ; et ces fluctuations d’humeur qui rendent le personnage si fort vont finir par guider une vie toute tournée vers un bonheur illusoire, insaisissable. La triste réalité de la vie prend le dessus.

Et, par conséquent, ce roman n’est pas uniquement l’histoire d’une femme malheureuse, mais plus largement le récit d’une triste réalité sociale qui frappa les Etats-Unis dans les années 60 : le boom industriel des régions du Nord et leurs effets néfastes sur les populations et l’environnement. En effet, Joyce Carol Oates dresse ici le portrait d’une ville qui change, qui se métamorphose en gigantesque réservoir d’usines polluantes qui vont mettre en danger des populations de classe moyenne, voire pauvres. Soutenues par des politiciens sans scrupules et des hauts fonctionnaires corrompus, ses expansions industrielles vont répandre leur lent poison dans le plus grand des secrets, dans le silence des sommes d’argent rondouillettes et des mises au silence radicales.

Sur fond d’injustice sociale et de préoccupations environnementales, ce roman apparait comme l’un des plus puissants de Joyce Carol Oates. Son ton grave mais subtil, et son écriture parfaitement maîtrisée m’ont charmé.

Un très grand roman !

mercredi 18 mai 2011

Golden Gate Blues !

Autres chroniques de San Francisco (tome 3) d’Armistead Maupin.



Editions poche 10/18, 09/2000, 382 pages.

Résumé : « Voici le troisième épisode des Chroniques de San Francisco, un feuilleton romanesque à l'humour décapant !

«Entre un ouvrier au grand cœur, une star de cinéma et son médecin favori - Jon Fielding, pour ne pas changer -, Michael court toujours après l'homme de sa vie. Mary Ann, entrée à la télévision, court après le scoop de la sienne. DeDe revient de loin et Mme Madrigal cultive des petites herbes dans son jardinet... Ajoutez à cela quelques kidnappings, une course-poursuite entre l'Alaska et Barbary Lane, et vous aurez une idée de ce pétillant roman d'où on ressort tout étourdi, un sourire bêta scotché sur les lèvres.» Têtu.

«Délicieux, tendrement ironique, chaleureux... Un régal.» Le Magazine littéraire. »

Mon avis : Et voilà un troisième volet réussi qui ne fait que prolonger le plaisir et nous invite à explorer des intrigues toujours plus délirantes ! C’est avec une joie sans précédent que je vous invite à découvrir sans attendre cette formidable saga qui ne vous laissera pas indifférents !

Nous retrouvons bien entendu nos chers et tendres protagonistes, mais quelques années après l’action du second tome, certaines choses ont donc changé... Nous sommes à l’aube des années 80, et voilà que Mary Ann, Mickael et Brian commencent une nouvelle vie ! Célibataire, en couple, prêt à se marier, en pleine crise existencielle, nostalgie des histoires d’amour passées... Un profond séisme affectif ébranle nos amis. Mais qu’à cela ne tienne, leur quête du bonheur reste toujours aussi vivace ! Pour notre plus grand plaisir !

Ce troisième livre nous offre des intrigues absolument déroutantes qui nous transportent de San Francisco jusqu’en Alaska où s’engage une terrifiante chasse à l’homme suite à des kidnappings inquiétants, ou bien jusqu’à Hollywood où Mickael va passer du bon temps sous le soleil torride et les paillettes. De son côté, Mary Ann s’embarque avec Dede dans une aventure palpitante où les spectres d’un passé houleux reprennent vie. Le scoop de la vie de Mary Ann, devenue alors présentatrice de télévision, se déroule sous ses yeux et l’entraine dans des situations périlleuses... et un retournement de situation à la fin du livre qui vous fera froid dans le dos! Comment ne pas avoir envie alors de se plonger avec délectation dans ce roman dynamique et surprenant ?

Si l’action est fulgurante dans cet opus, l’humour en revanche est moins vif. C’est peut-être ce qui m’a un peu dérangé (mais pas beaucoup, hein !). Je n’ai pas autant ri que dans le second livre où les situations cocasses et les discussions hilarantes éclataient à chaque page ! Cependant, cette baisse de régime du côté du rire ne parvient pas à amoindrir l’intérêt que je porte pour cette saga toujours aussi excellente!

En somme, ce troisième livre est très bon et laisse présager un quatrième tome succulent! Je suis donc toujours aussi fan!

lundi 25 avril 2011

"I wish I was a punk rocker with flowers in my hair"

Nouvelles chroniques de San Francisco (tome 2) d’ Armistead Maupin.



Editions 10/18, 03/2000, 380 pages.

Résumé : « Au fil des années 80 et de six volumes, les Chroniques ont connu, aux Etats-Unis, un succès croissant, critique autant que public : bien au-delà de San Francisco et d'un lectorat gay, Maupin a peu à peu conquis une audience internationale qui, pas plus que ses personnages, ne se renferme dans un quelconque ghetto. La qualité littéraire y est pour beaucoup : les saynètes qui constituent la trame du récit sont certes tissées de dialogues, mais la justesse parfaite du ton ne doit pas occulter l'écriture. Les Chroniques nous parlent en effet du présent sur un mode désuet (...). Les tableaux nous promènent dans toute la société, du monde au demi-monde, du vernissage au rodéo gay, de la débutante à la punkette, du prêtre au policier - jusqu'à la reine d'Angleterre. »

Mon avis : Waouh ! Waouh ! Waouh ! (si je le pouvais, j’en rajouterai d’autres !). Ce second opus des aventures de la joyeuse bande du 28, Barbary Lane est une réussite totale ! Un pur bonheur !

C’est avec une joie débordante que nous retrouvons ici nos très chers protagonistes du premier livre. Débordant d’énergie, toujours plus drôle et décalé, toujours plus sensible, Armistead Maupin nous offre un roman d’exception. Nos héros ont évolué depuis leurs premiers déboires et nous les suivons vers de nouvelles directions, vers de nouveaux horizons qui vont nous mener à des révélations surprenantes, des situations cocasses, des saynètes hilarantes et des moments de belles émotions ! Michael, insatiable romantique, va peut-être retrouver l’homme de ses rêves dans une croisière, de même que la belle mais désespérée Mary Ann. De son côté, la logeuse, Anna Madrigual délivre un lourd secret, Mona en apprend de belles, et Brian nourrit des fantasmes singuliers à travers une paire de jumelles sur le toît de Barbary Lane. Autant de bouleversements qui vont ébranler nos amis et leur donner bien du fil à retordre : un homme amnésique qui balbutie dans son sommeil des paroles sybillines, un bordel perdu au milieu du désert, une étrange pension pour sexagénaires bourges au fond des bois, une mort impévue ou encore une enquête privée sur la véritable identité d’un des locataires de Barbary Lane !

J’ai adoré l’humour de ce second livre. Le premier était déjà drôle, mais alors celui-ci est souvent à mourir de rire. L’art du dialogue, qu’Armistead Maupin maîtrise à la perfection, permet de jouer avec des conversations désopilantes où pleuvent les sous-entendus ironiques. Le personnage de Michael est absolument délicieux, un vrai bout-en-train qui s’affirme ici avec des expressions toujours aussi comiques, doublé d’une profondeur sentimentale touchante qui ne vous laissera pas indifférent. C’est indéniablement le plus attachant.

J’ai déjà hâte de me plonger dans le troisième volet des aventures de cette petite troupe enchantée qui m’entousiasme toujours plus ! Armistead Maupin a réussi à forger une saga magnifique qui touche tout le monde, sans exception, et qui parvient à lancer de beaux messages de tolérance et d’espoir, et nous permet de croire en la beauté de la vie. MAGNIFIQUE !

SECOND COUP DE COEUR! (étonnant, hein ? !)

mardi 19 avril 2011

"If you're going to San Francisco, be sure to wear some flowers in your hair"

Chroniques de San Francisco de Armistead Maupin.

Editions 10/18, 03/2000, 380 pages.

Résumé : « Les seventies sont sur le déclin, mais San Francisco, la fureur au cœur et au corps, vibre encore d'une énergie contestataire. La libération sexuelle est consommée et s'affiche dans les rues aux couleurs d'enseignes et de néons tapageurs. Tout droit venue de Cleveland, Mary Ann Singleton, vingt-cinq ans, emprunte pour la première fois les pentes du «beau volcan». Elle plante son camp au 28 Barbary Lane, un refuge pour «chats errants». Logeuse compréhensive et libérale, Mme Madrigal règne en matriarche sur le vieux bâtiment qui abrite une poignée de célibataires : Mona, rédactrice publicitaire, son colocataire Michael, chômeur et disciple de «l'amour interdit» et le beau Brian Hawkins, coureur de jupons insatiable. Les héros de cette tribu enchantée ont fait le bonheur de millions de lecteurs dans le monde entier, au fil des six volumes de cette saga. »

Mon avis : Un enchantement ! Je viens de terminer ce formidable roman, et voilà que j’en redemande ! Quel bonheur ! Et heureusement, il y a six tomes au total !

Autant vous le dire tout de suite : ce roman est une pure merveille. Les personnages sont touchants, les multiples intrigues, saisissantes et l’ambiance générale, euphorique. La ville de San Francisco surgit comme un des derniers bastions de la liberté, baignée de soleil, ensorcelée par une chaleur lubrique, ses habitants sont gagnés par une folle envie de mordre la vie à pleines dents !
Le roman est simple : c’est l’histoire d’une joyeuse bande de locataires à la recherche du bonheur. Les portraits dressés par Armistead Maupin sont réjouissants : une logeuse hippie, Anna Madrigal, qui offre des joints à ses locataires qu’elle considère comme sa propre famille ; Mona, une belle jeune femme désepérement seule, accompagnée de son colocataire gai et gay, Michael, Don Juan de ses messieurs et éternel bout-en-train; Brian, un fieffé coureur de jupons, qui joue les gros bras devant les midinettes californiennes, et enfin, la nouvelle venue : Mary Ann Singleton, un peu coincée et pas franchement emballée (au départ !) par cette atmosphère orgiaque qui règne à San Francisco ! Mais la jovialité contagieuse qui règne sur Barbary Lane aura tôt fait de donner au roman ses tournures rocambolesques qui m’ont tant fait sourire, voire rire !

Armistead Maupin use d’un humour ravageur, d’autant plus qu’il maitrise à merveille l’art du dialogue ! L’écriture est efficace et irrésistiblement enjoleuse, le roman se lit d’une seule traite et ne cherche pas à s’enfermer dans des descriptions inutiles ou des lenteurs stylistiques... Tout est fait pour que le lecteur passe un moment de détente absolue, proche de l’ivresse. Les dialogues que concotent l’auteur forment l’essentiel de la narration et enrichissent sans cesse l’intrigue.

Au vue de mes nombreux points d’exclamation, vous aurez compris que ce roman est un énooorme coup de coeur! Si vous voulez passer un moment délicieux en compagnie de protagonistes tous aussi attachants les uns que les autres, n’hésitez plus, San Francisco, la ville où tout est permis, vous accueille à bras ouverts !

COUP DE COEUR MONUMENTAL ! ! !

* part s’acheter le second tome !*

mercredi 2 mars 2011

Les fantômes du passé... des blessures à panser...

Fille noire, fille blanche de Joyce Carol Oates.


Editions Philippe Rey, 10/2009, 380 pages.

Résumé: « Elles se rencontrent au coeur des années soixante-dix, camarades de chambre dans un collège prestigieux où elles entament leur cursus universitaire. Genna Meade, descendante du fondateur du collège, est la fille d'un couple très «radical chic», riche, vaguement hippie, opposant à la guerre du Vietnam et résolument à la marge. Minette Swift, fille de pasteur, est une boursière afro-américaine venue d'une école communale de Washington. Nourrie de platitudes libérales, refusant l'idée même du privilège et rongée de culpabilité, Genna essaye sans relâche de se faire pardonner son éducation élitiste et se donne pour devoir de protéger Minette du harassement sournois des autres étudiantes. En sa compagne elle voit moins la personne que la figure symbolique d'une fille noire issue d'un milieu modeste et affrontant l'oppression. Et ce, malgré l'attitude singulièrement déplaisante d'une Minette impérieuse, sarcastique et animée d'un certain fanatisme religieux. La seule religion de Genna, c'est la piété bien intentionnée et, au bout du compte inefficace, des radicaux de l'époque. Ce qui la rend aveugle à la réalité jusqu'à la tragédie finale. »

Mon avis: une lecture étrange que je vous présente maintenant. J’ai déjà eu l’occasion de lire un roman de Joyce Carol Oates, que j’avais fortement apprécié, Hudson River, et je dois dire que Fille noire, fille blanche m’a quelque fois laissé de marbre. Mais en même temps, une forte émotion émane de ces pages douloureuses, qui racontent l’histoire d’une jeune étudiante noire dans une faculté américaine élitiste où les fantômes ségrégationnistes refont peu à peu surface. C’est pourquoi je retiendrais notamment cette espace tragique qui occupe le roman et qui m’a largement interpellé, bien plus finalement que l’écriture de l’auteur (que j’ai trouvé pauvre et relativement simple, loin de l’envolée narrative d’Hudson River qui est un enchantement) ou bien que l’intrigue, linéaire, parfois stérile et ennuyeuse. Cependant, il m’a semblé que ce « vide » pouvait permettre de mettre l’accent de manière plus forte sur la douleur et le cri déchirant de souffrance et de solitude qui hantent ce roman.

En effet, deux jeunes filles, une noire (Minette) et une blanche (Genna) vont partager la même chambre dans une université prestigieuse, fière de son passé féministe et antiesclavagiste, qui se veut un modèle d’intégration raciale. L’une est issue d’une famille relativement modeste, fille de pasteur, fortement croyante; et de l’autre, une jeune fille issue d’une riche famille puisque ses ancêtres sont eux-mêmes les fondateurs de cette université! Autant dire qu’un gouffre les sépare, le plus important étant celui de la couleur de peau… Tout le roman fait écho à un passé douloureux, celui de l’esclavage noir ainsi que des manifestations meurtrières de sombres groupuscules comme le Klu Klux Klan qui ébranleront tragiquement, et à jamais, les générations suivantes, dont fait partie Genna. Ce passé, lourd à porter, est toujours présent, profondément ancré dans les racines presque génétiques des Noirs américains. Genna est l’incarnation de cette haine envers les Blancs, bourreaux ancestraux, qui auront ébranlé à tout jamais les mentalités et les conditions des hommes noirs en Amérique. Ce sujet, très délicat, est subtilement représenté par Joyce Carol Oates, qui prend le temps de décrire une jeune fille noire hantée par ses démons, totalement hermétique aux Blancs, antipathique mais compréhensible, même si parfois, elle peut très franchement agacer! Mais au final, un profond sentiment de solitude et de souffrances silencieuses se dégagent de cette personnalité aux apparences inflexibles et dures, et étreignent le lecteur, lui-même impuissant.

Ce roman, c’est celui d’une tragédie, romancée certes, mais criante de vérités qui blessent et qui tortureront à jamais tout un peuple, toute une nation d’hommes et de femmes à la peau sombre, victimes depuis des générations d’un racisme monstrueux qui restera encore et toujours une blessure profonde, incapable de cicatriser.

Un roman d'une qualité mitigée, mais touchant, qui, par sa valeur historique et commémorative et son actualité criante, mérite le coup d’œil.


dimanche 13 février 2011

Des lettres volantes à Guernesey...

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows.

Editions 10/18, 01/11, 410 pages.

Résumé : «Tandis que Londres se relève douloureusement des drames de la Seconde Guerre mondiale, Juliet Ashton, jeune écrivain, compte ses admirateurs par milliers. Parmi eux, un certain Dawsey, habitant de l'île de Guernesey, qui évoque au hasard de son courrier l'existence d'un club de lecture au nom étrange : «Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates»... Passionnée par le destin de cette île coupée du monde, Juliet entame une correspondance intime avec les membres de cette communauté. Et découvre les moyens fantaisistes grâce auxquels ces amis bibliophiles ont résisté à l'invasion et à la tragédie. Jusqu'au jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey. Pour Juliet, la page d'un nouveau roman vient de s'ouvrir, peut-être aussi celle d'une nouvelle vie... »

Mon avis : Enfin, le succès de l’année 2010 est sorti en poche ! Je l’attendais de pied ferme, obnubilé par son titre original et sa couverture sobre mais élégante. Toute la blogosphère s’était enflammée en coups de coeur successifs à la sortie de ce roman, ma curiosité a été fortement titillée !

Tout d’abord, sa structure épistolaire est fort réussie. Les personnages parviennent à s’inscrire dans une intrigue de plus en plus consistante au fil des lettres. Juliet, la protagoniste, jeune écrivain satirique à succès reçoit un jour une lettre d’un certain Dawsey, admirateur du poète Charles Lamb, qui vit sur l’île de Guernesey, un microcosme hanté par le souvenir de la seconde guerre mondiale. En effet, le roman fait ressurgir des bribes de l’histoire de l’Occupation de cette petite parcelle de terre, perdue dans la Manche, de l’arrivée des allemands jusqu’à leur débâcle. Sur ce fond tour à tour dramatique ou léger, l’écrivain va se prendre d’amitié pour plusieurs membres d’un curieux groupe d’individus, surnommé le Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey. C’est alors que va apparaitre toute une galerie de personnages fort distrayants, dont la mystérieuse et non moins symapthique Isola, le silencieux et réconfortant Dawsey, l’accueillante Amelia, la détestable grenouille de bénitier Adelaide, la petite Kit, le souvenir bienheureux et nostalgique de la souriante Elizabeth, et bien d’autres encore...
Tous ces personnages parviennent à donner une atmosphère chaleureuse au récit, d’où cette envie de ne jamais terminer le roman.

Cependant, ce roman souffre d’un manque de stylistique littéraire, l’écriture est parfois très simple et ne cherche pas à atteindre un certain raffinement que j’aurais apprécié retrouver ici, d’autant plus qu’il s’agit d’une suite de correspondances, habituellement pleines d’élégance et de beaux traits d’esprit dans les arcanes de la littérature. Néanmoins, le récit n’en souffre pas tant que ça et notre lecture parvient à être un véritable moment de plaisir, limpide et claire comme de l’eau de roche.

J’ajouterais que ce roman sans fioritures reste tout de même efficace et vous fera passer un sympathique moment de lecture, sans pour autant prétendre à être inoubliable.

jeudi 16 décembre 2010

L'Homme est un loup pour l'Homme...

Blessés de Percival Everett.

Editions poche Babel, novembre 2008, 270 pages.

Résumé: Voilà des années que John Hunt, qui a maintenant atteint la quarantaine, a choisi de se détourner de la société des hommes en allant vivre dans un ranch où, aux côtés d'un oncle vieillissant, il élève des chevaux. Mais le fragile éden de ces deux hommes noirs dans le grand Ouest américain vient à se fissurer : un jeune homosexuel est retrouvé dans le désert battu à mort, un fermier indien découvre deux de ses bêtes sauvagement assassinées, et l'inscription « Nègre rouge » en lettres de sang dans la neige... C'est dans ce contexte menaçant que John s'interroge sur ses choix de vie depuis la mort tragique de sa femme, sur les silences coupables qui couvrent les agissements d'un inquiétant groupe néonazi, sur la fin imminente de l'oncle Gus, sur l'amour, enfin, qu'une jeune femme vient réveiller en lui...
Mon avis: Poignant. Percutant. Déstabilisant. Ces termes définissent ce qui m’a ébranlé au plus profond de moi lors de la lecture des derniers mots du texte. La dernière page se ferme, et un indéfinissable malaise nous étreint, une émotion forte vient nous ébranler de part en part, comme une puissance délivrée dans l’élan narratif du roman et qui explose dans un dénouement des plus tragiques. Rarement des romans auront autant soulevé un tel sentiment d’horreur, d’incompréhension et d’impuissance pour le lecteur. On est ici en présence d’un roman sur le drame de la vie dans ce qu’elle a de plus fragile, de plus éphémère et de plus terrible. L’émotion est à son comble, elle est viscérale.

Le roman se bâtit sur une intrigue croissante qui évolue dans un sens tragique, on sent poindre à chaque page le drame imminent. Les ombres de la mort hantent l’écriture de Percival Everett et rôdent inexorablement autour du ranch de John Hunt. Les menaces font signe tout le long du roman: le coyote brûlé vif, un meurtre à caractère homophobe, l’altercation entre les deux rednecks et Robert et David, du bétail massacré, du sang dans la neige… Cet ensemble prépare peu à peu le coup de théâtre final où va se jouer toute la symbolique du roman. Il est tout de même important de souligner que Blessés traite avant tout de la haine sexuelle, ici l’homophobie, plutôt que de la haine raciale. Cependant, des allusions sur le racisme sont soigneusement intercalées dans le roman et permettent de tisser une toile de fond rurale peu réjouissante comme le décrit le narrateur à Robert qui l’interroge sur les ennuis qu’il a pu rencontrés concernant sa couleur de peau dans ces régions reculées: « Evidemment petit, on est en Amérique. Il y en a, des fanatiques. (…) Par ici c’est plein d’imbéciles sans la moindre ouverture d’esprit » (p.72). Cette Amérique personnifiée par l’intolérance et la violence des haines en tous genres est reprise dans ces méditations du narrateur aux pages 47 à 48: « (…) je lus les articles concernant le meurtre de l’homosexuel. Tous [les journaux] donnaient à peu près la même version (…) la mise en cause implicite , pour ne pas dire la dénonciation ouverte, de l’intolérance maladive qui sévissait en milieu rural et dans l’Ouest en général. Je ne pus qu’approuver: cette maladie s’appelait l’Amérique. » (p.47-48)

Le roman est l’écho tragique de toutes ces haines qui s’entremêlent, et ne laisse apparaître qu’une unique issue fatale, comme un voile de pessimisme, voire de fatalisme, quant à l’existence de ce fléau qu’est l’intolérance et qui vient gangrener l’Amérique. Cette dénonciation sans détour de Percival Everett est d’autant plus forte qu’elle est sous-entendue par une écriture en apparence simple et dirigée vers l’essentiel, vers l’intérêt dramatique du récit. Mais au-delà, derrière les lignes se dégage les forces de l’implicite qui viennent donner une dimension universelle au récit. Le roman s’apparente alors à un cri déchirant, hurlement de révolte impuissant qui se perd dans le néant de la nature humaine, « l’Homme est un loup pour l’Homme » (Hobbes).

Par certains aspects, Blessés m’a évoqué cette littérature américaine des grands espaces où la nature, dans tout ce qu’elle a de plus grandiose et infinie, vient appuyer la croyance en la paix que l’homme retrouve loin de ses semblables, mais qui, parfois, se révèle autrement plus cruelle et souligne au contraire la grande vulnérabilité de l’être humain. Ainsi le roman Julius Winsome de l’américain Gerard Donovan raconte l’histoire d’un homme vivant en ermite au cœur d’une forêt ayant pour seule compagnie son chien, répondant au nom ô combien symbolique de... Hobbes! Ce dernier sera tué par des chasseurs et son maître blessé, effondré dans la perte, va tenter de venger son fidèle compagnon. La folie humaine dans tout ce qu’elle a de plus triste et désespérée est ici évoquée. Mais la comparaison s’arrête là, car Gerard Donovan n’est pas un auteur noir, et son roman ne traite pas des haines raciales ou sexuelles.

Blessés est pour moi une réussite magistrale qui parvient à hisser notre sentiment d’horreur à un niveau rarement atteint et qui vient bouleverser notre vision de la société qui est révélée ici sous son jour le plus sinistre. Ainsi, on peut considérer cette grotte qui fait l’objet de quelques passages du roman, et notamment de ses premières lignes, comme le symbole d’un abri contre la violence extérieure, contre les déchaînements mortifères du dehors, mais cet abri n’est que bien peu de protection face à l’inéluctable.

Un roman émouvant, qui donne un coup de poing à notre conscience. COUP DE COEUR!

lundi 4 octobre 2010

D'une descente aux Enfers...

La porte des enfers de Laurent Gaudé.


Editions Actes Sud, 08/2008, 270 pages.

Résumé: « Au lendemain d'une fusillade à Naples, Matteo voit s'effondrer toute raison d'être. Son petit garçon est mort. Sa femme, Giuliana, disparaît. Lui-même s'enfonce dans la solitude et, nuit après nuit, à bord de son taxi vide, parcourt sans raison les rues de la ville. Mais, un soir, il laisse monter en voiture une cliente étrange qui, pour paiement de sa course, lui offre à boire dans un minuscule café. Matteo y fera la connaissance du patron, Garibaldo, de l'impénitent curé don Mazerotti, et surtout du professeur Provolone, personnage haut en couleur, aussi érudit que sulfureux, qui tient d'étranges discours sur la réalité des Enfers. Et qui prétend qu'on peut y descendre... Ceux qui meurent emmènent dans l'Au-Delà un peu de notre vie, et nous désespérons de la recouvrer, tant pour eux-mêmes que pour apaiser notre douleur. »

Mon avis: j’ai enfin eu l’occasion de lire ce roman. Depuis le temps que je le dévorais du regard en librairie, une amie attentionnée me l’a gracieusement prêté, et je l’en remercie mille fois. Ce roman est un coup de cœur.

Sous un titre accrocheur, une première de couverture absolument magnifique, un résumé qui interpelle chacun de nous, ce roman présente une lecture fascinante sur le thème du décès d’un être cher. En effet, Matteo et sa femme Giuliana vont perdre leur fils unique lors d’une fusillade dans une rue de Naples et vont tenter de surmonter un deuil d’une tristesse incommensurable. La mère ne s’en remettra pas et demandera alors à son époux, accablé par une culpabilité fiévreuse, de lui ramener son fils de l’Au-Delà, une promesse qu’il désespère de pouvoir accomplir, jusqu’au jour où il fait la connaissance d’une certaine Grace et de sa bande d’acolytes…parmi lesquels, le professeur Provolone, savant de la Mort et personnage troublant, qui va alors révéler à Matteo le fruit de ses recherches, à savoir l’existence de portes d’entrée pour les Enfers. Matteo est prêt à tout pour reprendre son fils des griffes de la Mort.

Ce roman est percutant. Il possède une force d’émotion grandiose qui vous parle avec justesse et finesse d’un évènement qui nous a tous malheureusement ébranlé un jour: le décès, la perte d’une personne aimée. Laurent Gaudé trouve les mots adéquats pour nous faire ressentir toute la palette d’émotions qui nous habitent dans ces moments-là comme l’impuissance que l’on éprouve face à la Mort, l’injustice d’une telle fin ou encore l’envie de serrer une nouvelle fois dans ses bras l’être envolé. Marqué par le sceau du désespoir, ce roman, malgré ses moments de tristesse infinie, parvient à donner une note d’optimisme et à donner un visage plus doux à la Mort dans ses dernières lignes. Cette dernière est irrévocable, et il convient de vivre avec le souvenir de nos êtres disparus, de faire le deuil afin de penser à eux d’une manière plus noble pour qu’ils puissent poursuivre leur voyage dans l’Au-Delà sans se lamenter. Le souvenir est le meilleur des baumes pour la paix d’une âme.

La déchirure éternelle entre un fils et son père, la tentative d’oubli de la mère pour calmer son chagrin, les pérégrinations nocturnes d’un père en proie à la douleur, les malheurs de la vie qui s’enchaînent de manière invariable… mais la vie qui parvient toujours à reprendre le dessus, l’espoir d’une nouvelle lumière qui nous permettra de nous relever.

Ce roman est beau. Ce roman est essentiel. Il apporte une réflexion troublante et fascinante sur la Mort. Une force d’émotion magnifique. Une histoire qu’on oublie pas, parce qu’elle appartient à chacun de nous.

Coup de cœur!

mercredi 29 septembre 2010

Les horreurs d'une guerre...

L’insomnie des étoiles de Marc Dugain


Editions Gallimard, 09/2010, 225 pages.

Résumé: « Automne 1945, alors que les Alliés se sont entendus pour occuper Berlin et le reste de l'Allemagne, une compagnie de militaires français emmenée par le capitaine Louyre investit le sud du pays. En approchant de la ville où ils doivent prendre leurs quartiers, une ferme isolée attire leur attention. Les soldats y font une double découverte : une adolescente hirsute qui vit là seule, comme une sauvage, et le corps calciné d'un homme. Incapable de fournir une explication sur les raisons de son abandon et la présence de ce cadavre, la jeune fille est mise aux arrêts. Contre l'avis de sa hiérarchie, le capitaine Louyre va s'acharner à connaître la vérité sur cette affaire, mineure au regard des désastres de la guerre, car il pressent qu'elle lui révélera un secret autrement plus capital. »

Mon avis: la rentrée littéraire est riche en titres alléchants et j’ai jeté mon dévolu sur le nouveau roman d’un auteur français que je n’avais guère abordé auparavant, Marc Dugain. Et ce fut une très belle découverte.

En effet, Marc Dugain fait partie de ces auteurs qui nous enchantent par la justesse et la poésie de leur écriture. D’une limpidité formidable, les mots s’emboîtent à merveille et offrent un champ littéraire revigorant. Emporté par les mots, je n’ai su m’arrêter (sinon à d’infimes reprises) avant que la dernière ligne se présente à mes yeux. Si l’intrigue parait plutôt simple, sinon banale, la force d’écriture et l’émotion parviennent à hisser ce roman à de hauts niveaux de réflexion. L’histoire? Un coffre avec des os humains retrouvé à proximité d’une jeune femme crasseuse au beau milieu d’une ferme perdue dans la campagne allemande, un capitaine français faisant partie des forces d’occupation est affecté à ce territoire et se voit mener l’enquête afin de dénicher la vérité sur ce meurtre… Des vérités autrement plus sinistres vont alors refaire surface. Au-delà de l’atrocité du génocide juif, Marc Dugain fait entrer dans son récit et dans nos mémoires les coulisses du chaos, les sentiers sinueux et parallèles de l’horreur nazie, les affaires sinistres qui se déroulaient dans le secret, des choses que les livres d’histoire semblent avoir oublié et que tout le monde s’emploie à taire au sein de ce roman.

Ce roman n’est donc pas qu’une simple enquête (cela n’est qu’une couverture romanesque) mais bel et bien une réflexion sur les horreurs qui poussent l’humanité à se retrancher dans les rangs maudits de la dictature et à soudainement taire les pires atrocités. La mémoire est un travail difficile mais nécessaire, ce roman y participe. La douleur, le désarroi, la peur s’échappent des pages pour nous atteindre et nous montrer une vérité en face (parmi tant d’autres).

J’ai apprécié le personnage du capitaine Louyre aux techniques d’investigation peu orthodoxes dans une Allemagne en proie à la défaite et à une peur grandissante de voir son ancienne gloire s’effondrer à tout jamais. Il est sans pitié et parviendra à trouver la vérité par la force et la persuasion, sans jamais laisser apparaître son abattement face à de telles horreurs, même si on sent poindre une colère sourde derrière son impassible visage.

Un excellent roman de mémoire sous les traits d’une enquête. Une écriture magnifique. Une émotion particulière. Un auteur de talent.

jeudi 16 septembre 2010

"C'est ici que vit le diable"

Suite(s) impériale(s) de Bret Easton Ellis.



Editions Robert Laffont Pavillons, 09/2010, 230 pages.

Résumé : « Au milieu d'une nuit de cauchemar, deux mots apparaissent sur le miroir d'une salle de bains : «Disparaître ici.» Vingt-cinq ans plus tôt, ces mêmes mots se déployaient sur un panneau publicitaire de Sunset Boulevard. Un matin, des étudiants découvrent près d'une poubelle ce qu'ils imaginent être un drapeau américain trempé de sang. C'est en fait un cadavre. À la fin d'un week-end de drogues et d'orgies à Palm Springs, une fille contemple une montagne au-delà de la plaine désertique et murmure : «C'est le lieu du passage.» Elle ajoute en pointant le doigt : «C'est ici que vit le diable.» C'est dans un Los Angeles évanescent, peuplé de fantômes et d'hallucinations, que Clay, le protagoniste de Moins que zéro, revient passer les vacances de Noël. Un quart de siècle s'est écoule et la chirurgie esthétique a rendu la plupart de ses anciens amis méconnaissables. Le cinéma, qui l'emploie comme scénariste, paraît une copie de plus en plus délavée de la réalité et la réalité elle-même, un mauvais film dans lequel chaque personne rencontrée compte sur lui pour obtenir un rôle. Clay pense qu'une fille, une seule, Rain Turner, a peut-être ses chances. »

Mon avis : c’était avec une impatience non dissimulée que j’attendais ce nouveau roman de l’auteur américain le plus acide de sa génération, après cinq années de silence, suite au déjanté Lunar Park . Mon attente était nourrie essentiellement par cette retrouvaille avec Clay, adolescent antipathique et paumé dans Moins que zéro qui apparait près de 25 ans plus tard dans la métropole qui l’a vu grandir dans un luxe clinquant mais vide de tout sens, en un mot, illusoire. Dans Suite(s) impériale(s) il revient sur les lieux de sa perdition, dans la cité des Anges (quelle ironie !), là où rien n’a changé, sinon les visages de ses anciens amis (le Botox a fait des dégâts !). En effet, tout est resté figé dans la corruption, les amitiés factices et avantageuses, les porte-monnaie gangrénés par des histoires de commerces glauques, des jeunes gens paumés en quête de célébrité qui sont déjà condamnés à errer tels des fantômes dans les rues d’une ville gigantesque et monstrueuse qui ne demande qu’à les engloutir.

Cette suite fait honneur à l’esprit de l’excellent Moins que zéro qui est devenu, à l’image de L’Attrape-coeurs de Salinger, le roman d’une jeunesse désenchantée et vouée au Vide de l’existence. Bret Easton Ellis a intégré dans cette suite des ingrédients du polar et du roman noir qui lui permettent de hisser son récit à un degrès supérieur de noirceur. Toujours entiché de son imperturbable analyse d’une société aisée vouée à une existence vide de sens et à une corruption toujours plus sordide, l’auteur exorcise ses propres peurs et angoisses, donnant ainsi à Clay toute l’étoffe d’un anti-héros moderne qui ne fait que répondre à une société morne et délibérement cruelle. L’industrie du cinéma en est ici le parfait exemple. Milieu déjà artificiel où les apparences comptent en priorité, l’envers du décor apparait d’une manière encore plus sinistre. On assiste, impuissant et en position de voyeur, à la déchéance des personnages et notamment de Clay, en proie à une paranoia grandissante (impossible de ne pas penser à Patrick Bateman de American Psycho) et qui va se retrouver piéger dans une machination perverse. Tout est bon pour servir ses intérêts, surtout dans l’industrie implacable de Hollywood. Des meurtres viennent alors s’ajouter à l’intrigue, signant en lettres de sang le destin des protagonistes.

Il est difficile de ne pas être mal à l’aise face à l’écriture détachée et proprement démunie d’émotion de Bret Easton Ellis qui nous donne à voir des vies sales et répugnantes sans jamais annoncer aucun état d’âme. Là est tout sa force. Les sentiments n’ont pas de place, tout n’est qu’égoïsme et narcissisme. La dernière phrase du livre est percutante : « Je n’ai jamais aimé personne et j’ai peur des gens ». Elle résume à elle-seule l’esprit du roman et de son premier opus, Moins que zéro. En parlant de l’écriture, l’auteur s’est amélioré dans son style, toujours incisif et brouillon, vague et désarmant, qui est sa marque de fabrique, mais aussi et surtout plus travaillé et poétique. Ainsi son récit est plus fluide et son intrigue fait monter une tension toujours plus étouffante. Un bon remake de roman noir.

Cependant, cette suite était-elle vraiment nécessaire ? Je ne pense pas. J’attends Bret Easton Ellis ailleurs. Il aurait du laisser ses protagonistes emprisonnés dans son tout premier livre, qui a d’ailleurs fait sa renommée et son succès mondial. Le fait de les retrouver à l’âge adulte a quelque chose d’excitant au début, mais on se rend bien vite compte que l’histoire est la même. On prend les mêmes et on recommence, comme on dit. D’où cette intrigue de polar sombre et violent, afin de camoufler une redondance ? Toujours est-il que j’ai pris grand plaisir à lire ce nouveau roman de Mr Easton Ellis, et j’attends déjà son prochain livre avec impatience (je sens que ça va être long...) et surtout : je l’attends ailleurs car pour Clay, il est temps de « Disparaitre ici ».

vendredi 3 septembre 2010

Les brumes de Riverton...

Les brumes de Riverton de Kate Morton.
Editions Pocket, 10/09, 695 pages.

Résumé: « Au cours de l'été 1924, dans la propriété de Riverton, l'étoile montante de la poésie anglaise, lord Robert Hunter, se donne la mort au bord d'un lac, lors d'une soirée de la haute société. Dès lors, les soeurs Emmeline et Hannah Hartford, seuls témoins de ce drame, ne se sont plus adressé la parole. Selon la rumeur, l'une était sa fiancée et l'autre son amante... En 1999, une jeune réalisatrice décide de faire un film autour de ce scandale des années vingt et s'adresse au dernier témoin vivant, Grace Bradley, employée à l'époque comme domestique au château. Grace s'est toujours efforcée d'oublier cette nuit-là et le poids des souvenirs. Mais les fantômes du passé ne demandent qu'à se réveiller... »

Mon avis: Je ferme avec nostalgie ce roman de l’Australienne Kate Morton, que je n’ai jamais lu auparavant… un sentiment de perte, et pour cause! A travers les quelques 695 pages de cet hommage à la littérature gothique et victorienne, tout une vie s’est déroulée et s’est éteinte en même temps que le fracas des dernières bombes de la seconde guerre mondiale. Cette vie, c’est celle d’une famille aristocratique anglaise, vieille de plusieurs siècles, qui habite depuis des générations dans un vaste manoir dans les landes d’Angleterre, loin du fourmillement de la capitale, à Riverton. Ce nom sonne comme une promesse de voyage dans le temps, de balade dans une époque dorée. Qui ne va pas tarder à sombrer…

Nous sommes au début du XXème siècle, lorsque Grace Bradley, jeune fille de 14 ans est engagée comme domestique au château de Lord et lady Ashbury, une des plus prestigieuses familles du royaume. Aux côtés du majordome Mr Hamilton, de la cuisinière Mrs Townsend, de la jeune et sévère Nancy et de l’idiote Katie, Grace Bradley va apprendre un métier difficile et exigeant: servir sans faux pas une grande dynastie familiale. La demeure est immense et arbore des allures délicieusement gothiques: des greniers immenses, un mobilier richissime, une roseraie resplendissante, deux fontaines de marbre (une d’Eros et Psyché et une autre de la chute d’Icare), un lac brumeux au fond de la propriété… où se jouera dans quelques années un drame sanglant, celui du poète Robert Hunter.
Au fil de ses tâches ménagères, Grace va s’insinuer dans la vie de ses maîtres. Elle va notamment tomber en amitié avec la petite fille de Lord Ashbury, Hannah Hartford qui va très vite la prendre comme confidente et lui confier des secrets. Sa sœur, Emmeline Hartford est une antithèse de sa sœur, coquette, arrogante et ne pensant qu’à jouer, elle se jure de mener une vie hautement mondaine. Hannah, quant à elle, rêve de grands voyages et d’indépendance. A ses 18 ans, elle décide de se marier avec Teddy Luxton, fils d’un riche banquier américain et part vivre à Londres, sans l’autorisation de son père. Grace devient alors sa gouvernante attitrée.

Ce roman, c’est avant tout le récit de la vie de Grace Bradley, qui va passer de simple domestique à femme de chambre dans une société aristocratique en déclin. En effet, derrière les lignes se profilent l’ombre des deux guerres qui vont décimer les familles et lancer sur leur monde une vague de tristesse et de désespoir sans précédent. La chute est irrémédiable et chaque personnage y plonge à sa manière. J’ai eu beaucoup d’affection pour Grace qui va être confrontée à une vie turbulente mais qui va tout de même parvenir à se hisser au-delà du malheur. Contrairement à Hannah, elle, qui incarne cette jeunesse qui veut prendre le large et lâcher la bribe des conventions sociales et de l’étiquette, elle veut son indépendance, au mépris de la mauvaise réputation que cela entraînera sur la famille. Elle est tiraillée entre son envie de tout quitter et son désir de ne pas faire de mal à ses proches, son destin est émouvant et sombre dans la tragédie. Elle fait penser à ses héroïnes victoriennes qui essayent d’échapper à la lourdeur de leur condition sociale afin de mener une existence fantasmée et finalement plus simple, mais qui sont vite rattrapées par la réalité.

L’écriture de Kate Morton est saisissante, elle parvient à peindre un tableau de la société aristocratique anglaise avec un talent naturel et spontané, qui lui vaut une plume volubile et poétique. Des scènes d’ambiance particulièrement belles et marquantes parcourent le récit, pour notre plus grand bonheur. Notre imaginaire est largement sollicité et ce roman nous porte dans un voyage au-delà du temps, dans la noirceur des souvenirs, dans la vie dans tout ce qu’elle a de belle et de terrible. Kate Morton est une ensorceleuse, une magicienne.

Un brillant hommage à la littérature victorienne et au genre du "romanesque noir" qui ne vous laissera pas indifférent. Je vais me procurer sans tarder son second roman intitulé Le jardin des secrets, cette auteur figure d’ors et déjà dans mes favoris!

COUP DE CŒUR!

mardi 24 août 2010

Les fantômes du passé...

Le treizième conte de Diane Setterfield.

Editions Pocket, 03/2008, 565 pages.

Résumé: « Vida Winter, auteur de best-sellers vivant à l'écart du monde, s'est inventé plusieurs vies à travers des histoires toutes plus étranges les unes que les autres et toutes sorties de son imagination. Aujourd'hui, âgée et malade, elle souhaite enfin lever le voile sur l'extraordinaire existence qui fat la sienne. Sa lettre à Margaret Lea est une injonction : elle l'invite à un voyage dans son passé, à la découverte de ses secrets. Margaret succombe à la séduction de Vida mais, en tant que biographe, elle doit traiter des faits, non de l'imaginaire. Et elle ne croit pas au récit de Vida. Dès lors, les deux femmes vont confronter les fantômes qui hantent leur histoire pour enfin cerner leur propre vérité... »

Mon avis: j’ai enfin ouvert ce roman applaudi par les critiques et les lecteurs et je vais m’introduire dans les rangs déjà larges des mordus de ce « page-turner » so british! Aurais-je été ensorcelé par la sorcière Diane Setterfield? Très certainement. Et je peux déjà vous affirmer que j’attends de pied ferme sa prochaine publication.

Une demeure gigantesque perdue au milieu d’un jardin foisonnant noyé dans la brume et la pluie. Une auteur à succès devenue vieille et souffrante qui parle de son passé dans l’ombre de sa bibliothèque tandis que la pluie bat les vitres au dehors. Des apparitions soudaines dans les glaces, tels des fantômes. Une famille aux secrets inavouables. Des souvenirs à jamais enfouis dans les prisons du passé qui ressurgissent soudainement à la lumière du jour. Que demander de mieux? Ce roman est l’histoire de Vida Winter, une écrivain prolifique et célèbre qui contacte une biographe, Margaret Lea, afin de retranscrire sa vie sur des feuilles blanches qui vont très vite noircir sous les assauts du passé. La jeune femme va se prendre de passion pour le récit de la vieille romancière et s’immiscer entièrement dans son histoire afin d’en déterrer tous les souvenirs, les plus douloureux et les plus inavouables.

Le mystère s’épaissit au fil des pages, d’autant plus que Vida Winter est une affabulatrice confirmée et le doute grandit sans cesse jusqu’à la révélation finale qui vous laissera la bouche bée et le cerveau en ébullition. Sous forme de double intrigue, à savoir l’histoire relatée par la vieille dame et l’enquête que mène Margaret Lea en privée, les pièces du puzzle se forment peu à peu pour ne s’assembler qu’à la toute fin du roman. Ce retournement de situation est une des réussites de ce livre. Durant 500 pages, Diane Setterfield ne fait que capter l’attention du lecteur, le mène par le bout du nez (pour ainsi dire, le manipule, à l’image de l’affabulatrice Vida Winter) afin de mieux le lancer dans les flammes de la vérité. Celle-ci est brûlante et venimeuse. Tout prend forme et le passé ressurgit comme une fantôme hurlant.

Au-delà d’une intrigue bien ficelée, Diane Setterfield est une écrivain douée, amoureuse des mots et de l’imaginaire. Ce roman est un vrai « page-turner » pour reprendre cette expression désormais couramment utilisée. Les pages se tournent sans opposer de résistance et l’écriture fluide et bien orchestrée de l’auteur nous enivre. Un vrai bonheur de lecture.

Enfin, ce livre est basé sur le thème du double (gémellité, passé de Vida Winter qui s’entremêle peu à peu avec celui de Margaret Lea, frères et sœurs, couples qui se forment et se déchirent, deux maisons différentes (celle de l’écrivain et celle de son enfance, à Angelfield) et qui se ressemblent terriblement, etc…). Cette récurrence apporte une dimension vertigineuse au récit et résonne comme un chiffre sinistre tout le long du récit.

En bref, j’ai aimé cette lecture que je recommande à tous ceux qui ne l’ont pas encore ouvert afin de découvrir l’univers particulier de Diane Setterfield, où le fantastique flirte avec la réalité, le tout dans une ambiance britannique délicieuse. A lire!

dimanche 8 août 2010

Ca brille, ça brille... mais que c'est triste!

Hudson River de Joyce Carol Oates.


Editions Le Livre de Poche, 05/2006, 665 pages.

Résumé: « À Salthill-on-Hudson, on cultive les orchidées et on roule en voiture de luxe. On est beau, on est riche et on vit comme suspendu hors du temps. Mais quand Adam Berendt, le sculpteur aimé de la commune, trouve la mort dans un accident de bateau, c'est tout ce petit monde idyllique qui est précipité dans le chaos. Une question obsédante taraude la ville entière : qui était vraiment Adam Berendt ? »

Mon avis: Il y a des auteurs à la renommée vertigineuse, au talent reconnu entre tous, et pourtant on tarde toujours à les connaître. Cette fois-ci, je me suis laissé porter par un « coup de foudre de librairie ». Autrement dit, j’ai été séduit par ce livre de poche: la quatrième de couverture alléchante sans être transparente, une couverture sobre et élégante, une épaisseur appétissante… comment ne voulez-vous pas être séduit par le doux titre de Hudson River, d’autant plus que le nom fameux de Joyce Carol Oates vous bat aux oreilles comme un tambour d’avertissement: « Attention, grand auteur à l’horizon! ». Quelle ne fut pas ma surprise de dévorer ce livre en quelques jours et d’en apprécier chacune des pages, chaque mot, jusqu’à l’obsession d’en savoir toujours plus.

Joyce Carol Oates, c’est d’abord une écriture et un talent de narration admirable. Hudson River est bâti autour d’une intrigue commune: celle de la disparition du mystérieux et pourtant aimé Adam Berendt, disparu tragiquement dans une noyade héroïque. Et toute une ronde de personnages, tous aussi subtilement maniés par l’auteur, qui gravitent autour du noyau Adam Berendt et qui prennent une consistance de plus en plus épaisse. Chaque protagoniste est travaillé et remanié dans le récit, de façon à l’approfondir page après page. L’auteur les a habillés d’une étoffe psychologique sans faille qui prend ses racines dans une écriture toute en nuance. Les mots ne vous parviennent pas en une seule fois, ils se réfléchissent les uns aux autres pour apporter un sens plus profond au récit et lui donner une consistance plus subtile. Les mots de Joyce Carol Oates sont pourtant simples, mais elle parvient à leur insuffler une motivation propre qui sert la qualité de son intrigue et de ses personnages.

Les personnages de ce roman paraissent semblables en apparence mais éloignés dans leur pensée les plus intimes que l’auteur prend plaisir à dévoiler à son lecteur. En apparence, ils habitent tous dans une banlieue bourgeoise richissime répondant au nom guilleret de Salthill-on-Hudson où les maisons deviennent des demeures gigantesques, où les jardins rivalisent de couleurs, où les femmes s’habillent en Dior et roulent en voitures de luxe, tandis que les maris partent travailler en semaine dans la Grosse Pomme et jouent au golf le samedi. Un cadre idyllique pour des existences dorées. Mais seulement en apparence… Chacun des personnages va révéler ses pensées les plus intimes dès lors que Adam Berendt, un homme (un artiste sculpteur) en marge de la petite société coquette de Salthill mais immensément apprécié, notamment par la gente féminine, va brusquement disparaître. Les femmes sont mises en avant dans ce roman: le combat de chacune pour survivre à un évènement qui va les bouleverser jusqu’au plus profond de leur chair et les amener à reconsidérer leur existence. Elles sont toutes éprises d’Adam et se demandent quel sens va désormais gouverner leurs vies qui semblent soudainement si fades et mornes. L’argent ne fait pas le bonheur, c’est bien connu. Une série d’évènements tragiques, malheureux mais parfois heureux va alors souffler sur la vie de ces femmes et leur apprendre à vivre avec les aléas de l’existence, la vraie. Il en va de même pour les hommes, des époux harassés de travail, qui ne trouvent dans leur foyer qu’une ébauche de stabilité financière et conjugale… et l’amour dans tout ça?!

Hudson River est un roman du désir, de l’amour, des passions inavouées, des tendresses refoulées, des pulsions érotiques. Les testostérones se mettent à vibrer dans l’air tandis que les talons aiguilles frappent frénétiquement le sol afin de guider les oreilles mâles dans le doux nid des foyers exubérants de Salthill-on-Hudson. La mort d’Adam Berendt semble déclencher une véritable vague de désespoir amoureux où chacun va essayer de saisir et connaître de nouveau les joies du premier regard, de la première caresse… et du sentiment amoureux, loin des mariages arrangés. Toute cette petite société éclate derrière les façades étincelantes des villas pour partir en quête du bonheur. Ce qui va mener le lecteur à vivre de folles aventures aux côtés de la magnifique et si seule Abigail des Pres, le naïf Lionel Hoffmann et sa femme légèrement folle, Camille Hoffmann, puis la pulpeuse et glamour Augusta Cutler, l’intrépide et maladroit avocat Roger Cavanagh, sans oublier celle qui m’a le plus touché: Marina Troy, une libraire charmante, éprise d’Adam Berendt et qui va essayer de poursuivre son existence à ses côtés malgré sa perte, une belle histoire.

J’ai été fort bavard mais il y a encore tellement de choses à vous dire à propos de ce roman formidable… Tout ça pour vous dire qu’il serait dommage de passer à côté d’un si grand chef d’œuvre. Vraiment. Joyce Carol Oates a réussi un coup de maître en écrivant ce manège social savamment orchestré, et qui laisse une impression indélébile. Les personnages continueront encore de me hanter… et je l’espère bien. Hudson River est une merveille, n’hésitez surtout pas.

Coup de cœur !!!

mardi 29 juin 2010

Livre en vie...

La fille de papier de Guillaume Musso.


Editions XO, 04/10, 375 pages.

Résumé: « Tom Boyd, un écrivain célèbre en panne d'inspiration, voit surgir dans sa vie l'héroïne de ses romans. Elle est jolie, elle est désespérée, elle va mourir s'il s'arrête d'écrire. Impossible ? Et pourtant... Ensemble, Tom et Billie vont vivre une aventure extraordinaire où la réalité et la fiction s'entremêlent et se bousculent dans un jeu séduisant et mortel... »

Mon avis: C’est avec une pointe de curiosité que j’ai ouvert ce roman car je n’ai jamais abordé ce genre de livres. Guillaume Musso, Marc Lévy et j’en passe, sont classés parmi les auteurs « populaires » et c’est une branche de la littérature qui ne m’a jamais intéressé, et c’est en cette fin de mois que j’ai décidé d’ouvrir le dernier ouvrage (prêté) de cet auteur français qui fait vendre à la pelle et qui éveille, surtout chez un public féminin, un engouement troublant.

Verdict? J’ai bien aimé. Il faut croire que ce genre de livres est obligé de vous accrocher (ce n’est pas pour rien qu’ils ont autant de succès) car dès la première ligne, mon attention a été happée et je me suis laissé embarquer sans détour possible. Tout d’abord, l’écriture de Musso est agréable et plutôt soignée ce qui rend sa lecture fluide et limpide comme de l’eau de roche. L’auteur nous porte allégrement de pages en pages en déroulant une intrigue bien menée et qui joue avec des topos cinématographiques plutôt plaisants. Il est vrai qu’on s’évade un peu du cadre de la littérature pour se retrouver comme devant un bon vieux film romanesque, mais ça marche.

Enfin, on s’éloigne du cadre de la littérature… pas tellement, car le sujet du livre est plutôt intéressant à savoir l’existence dans la réalité d’un personnage de fiction. Ce thème est repris à de multiples reprises dans la littérature, je retiens notamment l’excellent La part des ténèbres de Stephen King où le pseudonyme d’un auteur prend vie après son « enterrement ». Ici, Billie, un personnage féminin du livre à succès d’un auteur dénommé Tom Boyde, tombe littéralement des pages inachevées d’un des livres mal imprimés et entreprend une existence mouvementée aux côtés de son créateur. La relation qui va suivre sera ambivalente, flirtant d’un côté avec une grande intimité (celle de l’écrivain avec ses personnages) et de l’autre avec une distance abyssale (le réel et l’imaginaire). Cette « fille de papier » va ainsi incarner la vivacité de la relation qui existe entre l’écrivain et son œuvre. C’est pourquoi j’ai trouvé ce livre intéressant, cette union entre deux entités aussi étroitement liées et en même temps aussi éloignées m’a touché.

Bien entendu, on n’échappe pas aux bons sentiments dans ce roman, mais cela ne m’a pas troublé outre mesure, je trouve qu’ils sont détournés de leur fonction romanesque pour servir une histoire plus sincère afin d’encadrer des personnages qui basculent un peu moins dans les clichés.

La déception? La fin. L’auteur aurait du rester dans les sphères de l’imaginaire…

En bref, une lecture estivale agréable, mais je ne pense pas reprendre de lecture de Guillaume Musso avant un moment, peut-être l’année prochaine… Mais je suis content de cette expérience, c’est le principal, il faut une première à toute chose.

dimanche 27 juin 2010

Level zero ...

Moins que zéro de Bret Easton Ellis.

Editions poche 10/18, 10/05, 235 pages.

Résumé: « A Los Angeles, de jeunes gens de dix-huit ans à peine se retrouvent dans les lieux les plus chics de la ville. Ils méditent sur les derniers fringues à la mode, tout en s'informant des derniers plans dope. Pendant ce temps, les parents, éloignés des activités de leurs enfants, sont occupés et stressés par leurs boulots, leurs maîtresses ou leurs psychiatres... » (résume de la librairie Mollat)

Mon avis: Bien loin du milieu des psychopathes en puissance (American Psycho), Bret Easton Ellis nous offre ici un tableau désespéré de la jeunesse américaine, dans un lieu propice à tous les vices et excès, Los Angeles. On suit les pas d’un jeune adolescent de 18 ans à peine, nommé Clay , qui vient de rentrer pour quelques semaines en Californie, après un séjour de trois mois dans le New-Hampshire. Autant dire que la différence est notoire! Son retour sur la côte ouest est une véritable suite de désillusion et d’aventures vides de sens qui lui font peu à peu comprendre que son avenir ne se joue pas ici, près de ce tumulte dénué d’intérêt, où la jeunesse se drogue, s’ébat à volonté et se fout de l’argent puisque, de toute manière, il coule à flot.

Ce roman est une sorte de manifeste de la décadence d’une jeunesse « dorée » qui se complait dans une existence morne et où la vie n’a plus de sens. Clay fait ainsi figure de témoin extérieur de cette vie qu’il côtoyait avant de partir sur la côté est. Ses anciens amis ne sont plus que des fantômes à ses yeux et ne méritent pas l’attention qu’il leur portait auparavant (si jamais il en a porté). Los Angeles devient une terre d’illusion, de richesse nauséabonde et Clay ne se satisfait plus de cet étalage d’excès, il cherche à retrouver ce qu’il était avant, à redevenir une personne innocente, pour qui tous les aspects de la « mauvaise » vie n’était pas connus, autrement dit lorsqu’il était enfant. Certains passages du texte sont en italiques et racontent quelques épisodes de sa jeunesse dans la maison familiale à Palm Springs, dans le désert, avec ses grands-parents. On ressent alors l’attachement de Clay pour cette période de son existence, et le basculement est saisissant lorsqu’il se retrouve à regarder ses deux petites sœurs grandir dans un monde artificiel où les dernières fringues à la mode sont le centre de leur intérêt, ou bien lorsque ses « amis » le traînent dans des fêtes louches où sexe et drogue ne font qu’un.

Avec ce premier livre, Bret Easton Ellis s’est propulsé parmi les grands écrivains américains de ce siècle, et c’est sans surprise que Moins que zéro est souvent comparé à L’Attrape-Cœur de J.D Salinger, où la jeunesse se perd et se détruit dans un monde qui l’avale, sans pitié.

Excellent roman. Je vais devenir un lecteur boulimique de cet auteur au talent formidable!